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De plus en plus de gens dans le monde chrétien semblent s'intéresser à nouveau à l'esprit chevaleresque. Qu'on se passionne pour la littérature de chevalerie, qu'on
étudie les ordres disparus comme les templiers, qu'on se passionne pour les activités d'ordres vénérables subsistant depuis le Moyen Age comme l'Ordre de Malte et l'Ordre du Saint Sépulcre ou que
l'on soit initié dans un ordre chevaleresque ésotérique comme la maçonnerie rectifiée, la chevalerie semble fleurir de toute part dans notre monde moderne.
Je me propose également sur ce blog, de réfléchir sur cet esprit chevaleresque, j'inaugure donc pour l'occasion une nouvelle rubrique. Je le ferai de la manière qui m'est coutumière, en proposant certaines réflexions personnelles appuyées sur la Tradition.
Et précisément, cette période de carême est une bonne occasion d'ouvrir ce travail. Un théologien disait l'autre jour à la radio que le carême était l'occasion de se priver de quelque chose qu'on aime par solidarité avec les pauvres. Oui, soit. Néanmoins, pour quelqu'un qui aspire à la chevalerie spirituelle, ce n'est pas suffisant. Car le carême est l'occasion d'installer certaines pratiques ascétiques dans notre vie. « Ascétisme », voilà un mot qui va en faire frémir plus d'un. Et pour cause, à peine l'a-t-on entendu ou prononcé que des images désagréables viennent à l'esprit : corps malingres, amoindris, mortifiés, yeux ensanglantés, affamés, conscience dérivant sur les eaux âcres de la folie, emportée par le courant de la privation...
Et pourtant, comme souvent, en cédant aux images toutes faites, on est loin de la vérité. Pour la trouver, il faut retourner à l'origine du mot. Ascétisme vient du grec askêsis, signifiant exercices et s'appliquant avant tout au monde de l'athlétisme et à la vie militaire. L'ascète est donc quelqu'un qui va pratiquer certains exercices et se soumettre à une certaine discipline volontaire en vue de fortifier son corps et son esprit.
Dans cette période de carême, cette discipline est proposée à l'ensemble des chrétiens mais devrait attirer particulièrement l'attention de ceux qui se réclament d'une certaine chevalerie spirituelle. Car le chevalier est avant tout un combattant et s'il lui faut parfois tirer l'épée contre l'injustice régnant dans ce monde, il lui faut surtout, comme le moine, vaincre ses propres démons.
Carême est l'occasion de conscientiser et renforcer ce combat. Mais de quoi s'agit-il au juste ? De se gratter au sang afin d'exhumer nos défauts et nos manquements ? D'ensuite battre sa coulpe avant de refouler aux tréfonds de notre inconscient ces faiblesses, le tout dans une atmosphère de culpabilité délétère ? Non. Trois fois non.
Le combat chevaleresque se doit d'être digne, aussi fort et tranchant que la lame d'une épée. L'ascèse consiste à ne rien se cacher, à se voir en vérité, à affronter nos démons en les regardant droit dans les yeux. Qui sont-ils ces démons ? Ils sont légions : addictions, peurs, angoisses, colères, égocentrisme, hypocrisie, pulsion de mort, ...
L'ascèse du chevalier consiste à leur faire rendre gorge avec force, à s'en purger afin d'ouvrir les portes de la transfiguration.
Car le péché n'est pas ontologiquement présent en l'Homme, pour reprendre les mots de Saint Jean Damascène, il est « la semence du diable recueillie volontairement en nous ». C'est donc par notre manque de volonté, notre absence de discernement, par nos choix erronés ou faibles que nous cultivons des attitudes porteuses de mort plutôt que porteuses de Vie. Le choix est nôtre.
Terrible responsabilité que celle là qui nous fait seul responsable de nos manquements envers
la Lumière et la Vie. Mais aussi fantastique pouvoir que celui qui nous permet de nous réorienter. Par une ferme décision, par un rajustement de la volonté, par le
courage de la prise de conscience et de l'acceptation de la Vérité, nous pouvons à nouveau tourner les yeux vers le Soleil d'Amour Indicible et prendre la main de Celui qui nous la tend et ne
désire qu'une chose : nous investir de Sa force et nous hisser au-dessus de notre mesquinerie quotidienne. (à suivre)
Effectivement la quête et le combat pour la Réintégration est celle du chevalier spirituel, disciple de Saint Georges et du Grand Archange Mikhaël ! Merci pour tes commentaires plein de lumière mon frère.
Le même phénomène n'a pas eu lieu dans l'Empire d'Orient car les Barbares qui l'ont peu à peu pénétré jusqu'à le gouverner (cf. Stilicon) n'étaient pas Francs mais Vikings (les Varègues) et que cette société ignorait ce type d'organisation.
Faut-il en conclure la supériorité d'une forme de civilisation sur l'autre ? L'arrogance aidant, les uns n’hésitent pas à trancher dans un sens et les autres en sens contraire. C'est très présomptueux, et empiéter sur les vues de la Providence.
La chevalerie chrétienne spirituelle est, il faut le savoir, une voie de sacrifice et d'oubli de soi-même. Le chevalier ne pense pas à son propre salut, sa seule et unique intention et volition est le salut physique, moral et spirituel de son prochain par imitation de Notre Seigneur ami des hommes. C'est pourquoi il doit, plus que tout autre, s'oublier soi-même. Ce qui est la véritable ascèse. Et c'est seulement ainsi qu'il peut, tel saint Georges - n'est-ce pas, Galahad ? - mettre à mort le dragon, dragon qui est en nous et pas au-dehors de nous.
Cette "tauromachie" est un sport rude et périlleux. Vous avez parfaitement raison de rappeler que l'ascèse est un sport, mais un sport où la vie est en jeu, comme la tauromachie. Saint Paul, qui s'y connaissait, n'est pas chiche de métaphores relatives au sport, ou à l’athlétisme, par exemple 1 Corinthiens 9, 24-26.
Merci une fois de plus pour ces réflexions qui provoquent les nôtres.
Voilà, une très bonne et juste réflexion, comme à votre habitude :-). Pourquoi la chevalerie n'a pas existé en Orient ? Je me pose cette question depuis longtemps. D'un point de vue strictement historique, ce n'est pas si facile que cela car Constantinople fut fondé par Rome et les Byzantins se sont d'ailleurs toujours appelés Romains. Or à Rome, il existait bien une caste de chevaliers qui n'avait rien de combattant sacré certes mais plutôt de corps d'élite à cheval, qu'on retrouvera d'ailleurs à Byzance avec les fameuses et redoutable Cataphractes sans que l'Eglise ne se soit cru obligée de sanctifier particulièrement ce corps.
Il est vrai que les Franc avaient une caste de guerriers sacrés animistes mais les germains aussi connaissaient des maisons de la guerre avec réception initiatique et pratique de transe spirituelle. Les vikings vont d'ailleurs garder ces pratiques et même les développer avec les terribles guerriers consacrés au dieu Odhin : les berserks !
Donc, sauf erreur de ma part, je ne crois pas que le manque de chevalerie est à mettre sur le dos des vikings. Je crois que la constitution de la chevalerie telle que nous la connaissons en Occident arrive au XIe siècle à la fois dans le contexte des croisades, guerres dites saintes appelant des guerriers saints et de la rédaction de la littérature arthurienne elle même propagée par les troubadours occitant dont la haute spiritualité n'est plus à démontrer. De plus l'Eglise occidentale était à ce moment là fort soucieuse de faire cesser les guerres de pillages intra européennes et donc de sanctifier (donc de moraliser) la caste guerrière (respect de l'adversaire, prise de prisonniers plutot que massacre, honneur, etc...).
Cette conjonction Croisade - Sacralisation - Littérature Arthurienne, le tout sur un vieux fond de traditions de guerriers sacrés chez les francs et les germains n'a pas existé en Orient.
Ceci dit, certaines légendes courrent sur la constitution d'un ordre de guerriers sacrées par Constantin afin de protéger la Sainte Bannière Impériale Chrismé... In Hoc Signo Vinces ! ;-)
Le carême est un moment choisi pour entamer la recherche de son humanité
seul chemin pour accéder a ce qui a de plus noble en soi à sa chevalerie.
Merci pour ce commentaire Filagne. Je pense que la quête du Graal est un symbole pour ce qui est finalement la quête de l'humanité en nous. Humanité véritable qui ne peut qu'être reliée à Dieu, son origine.
L'acquisition des vertus (le triomphe sur le chevalier noir) est essentielle pour entrer dans le Château où se trouve le Saint Calice.
Le soufisme a effectivement ce type de réflexion, nottament dans la pratique du Tasawuff.
Merci pour votre commentaire Kristof.
Merci pour ce commentaire mon frère. Tu as tout à fait raison en disant que les templiers (et d'autres ordres médiévaux d'ailleurs) ont réussi l'alliage entre l'idéal militaire et l'idéal chrétien.
Ceci dit, je me faisais la réflexion tout à l'heure que s'il n'y pas eu d'ordre chevaleresque per se en orient, il n'en reste pas moins que certaines images de la liturgie sont imprégnées de cet esprit militaire sacré. Peut-être (mais je m'avance surement) que l'orient intégra l'esprit chevaleresque d'une autre façon que l'occident ? Car cet esprit chevaleresque (mais là encore c'est tout personnel et osé comme assertion) est je pense inhérent au christianisme, l'une de ses facettes intrinsèques, il suffit de relire Saint Paul, à plusieurs endroit, il utilise une réthorique et des images vraiment guerrière...
Mon frère, je suis sûr que le grand réthoricien qu'est Tribus Liliis ne s'est aucunement senti heurté par ton dernier message qui ne faisait qu'alimenter les réflexions, déjà riches, qu'il avait lui même apporté
Paix et Amour en Christ !
En fait, en plus d'être (un peu) théologien, je suis, de formation, historien.
Je ne vois pas en quoi j'aurais pu être contrarié par les propos de Julien, auxquels d'ailleurs, comme souvent, je souscris en grande partie.
Mais, comme souvent aussi, j'apporterai quelques nuances.
La classe des chevaliers, "equites", dans la Rome républicaine, n'avait aucun rapport avec nos chevaliers du Moyen Age. Ils étaient pour l'essentiel des bourgeois d'affaire, souvent des affranchis ayant fait fortune, à qui leur naissance interdisait d'appartenir à la classe des "optimates", c'est-à-dire de l'aristocratie. Il y avait entre les uns et les autres les mêmes rivalités que dans la France ancienne entre la noblesse d'épée, dédiée aux commandements militaires, et la noblesse de robe - les magistrats - à qui le port de l'épée était interdit. D'ailleurs la qualité de "chevalier" a elle-même été considérablement dévoyée dans les temps modernes, puisqu'elle est devenue le premier échelon de la hiérarchie nobiliaire, donc sans aucun rapport avec sa nature originelle.
La chevalerie était à l'origine, dans les clans germaniques où elle a pris naissance, purement militaire, et il a subsisté une chevalerie profane jusqu'environ le XIe siècle. Mais dès l'an mil, l'Eglise s'est emparée de la chose et du nom et a créé une chevalerie religieuse, qui s'est progressivement constituée en ordres, alors qu'elle était au départ purement personnelle et se conférait d'homme à homme. Cette caractéristique a perduré longtemps, en coexistence avec les ordres chevalesques. Ainsi, en 1515, sur le champ de bataille de Marignan, le roi François Ier a tenu à se faire armer chevalier par Bayard.
C'est au sein des ordres chevaleresques monastiques : ordre du Temple, ordre de Saint-Jean de Jérusalem (plus tard Malte), ordre des Chevaliers Teutoniques... qu'est née la notion de chevalerie spirituelle, qui a ensuite gagné le reste de la société aux XIIe et XIIIe siècles.
Je mets personnellement (c'est mon opinion propre) la chevalerie en rapport avec deux événements considérables qui ont transformé la société européenne (occidentale et centrale) en profondeur : la chevalerie en tant que forme d'organisation sociale me paraît intimement liée avec la féodalité, qui triomphe à partir du IXe et surtout du Xe siècle ; la chevalerie courtoise et spirituelle en tant que forme de civilisation me paraît intimement liée avec l'amour courtois, le "fin'amor",lui aussi spirituel, qui triomphe au XIIe siècle, notamment à la cour d'Aliénor d'Aquitaine. Ces deux mouvements ont marqué la société et la civilisation occidentales pour des siècles, et c'est ainsi que la chevalerie s'y est elle-même intégrée durablement.
Il est à noter qu'à mesure que la chevalerie perdait progressivement de son importance sociale et militaire, elle s'est recentrée d'une part sur l'aspect religieux (les ordres cités plus haut) et d'autre part sur son aspect de spiritualité intérieure et quasi mystique. Là-dessus, à partir du XIIe siècle, la littérature arthurienne lui a fait conquérir le domaine du rêve et du mythe. Désormais, le qualificatif de "chevaleresque" s'est mis à désigner toute une série de hautes vertus morales chez un homme : à l'époque contemporaine encore, n'a-t-on pas qualifié le roi Albert Ier de Belgique - n'est-ce pas, cher Galahad, de "roi chevalier" ?
Rien de tout cela n'a existé dans l'empire byzantin, pour la raison que ni la féodalité (sauf pendant la courte vie de l'empire latin de Constantinople) ni l'art des troubadours n'y ont existé. Au demeurant cet empire théocratique était bien trop occupé, au-dedans, par les querelles théologiques qui se déroulaient même au cirque, et, au-dehors, par les luttes incessantes contre les assaillants de tous bords - qui mirent tout de même mille ans pour l'abattre.
Je ne suis guère partisan de la transposition de notions très précises et caractérisées d'une société à une autre toute différente. C'est ainsi que, sauf l'immense respect dû à Henry Corbin, je ne suis pas convaincu que la chevalerie qu'il veut voir dans la société iranienne musulmane soit assimilable à la chevalerie chrétienne occidentale.
Mais en voilà assez et même trop pour cette fois. Je me réserve, si Galahad le veut bien, de tenir une autre fois des propos non conformistes sur les templiers.
Bon Carême à tous !
Merci mon frère pour ce commentaire historique éclairé auquel je souscris complétement. De même je partage votre réticence quand à l'assimilation de la chevalerie chrétienne à une quelconque forme de « chevalerie » musulmane (malgré également l'admiration que je porte au travail exceptionnel d'Henry Corbin). La raison en est bien sûr le Christ et l’Église. Le chevalier est le serviteur du premier et le défenseur de la seconde, or Mahomet n'est pas le Christ et la oumma n'est pas l'Eglise. Je pense donc qu'il faut se garder des amalgames si facilement fait aujourd'hui. Merci donc d'avoir insisté sur ce point.
J'ai hâte de voir vos propos sur les templiers :-p
Bon Carême !
J'aime bien l'image de la vinaigrette... Je rajouterais que c'est comme ça qu'on finit par raconter des salades ;+)
Blague à part, il est vrai que la tentation syncrétique ou réductionniste est une tentation qui a menacé les plus grands chercheurs spirituels...