Partager l'article ! De l'ésotérisme à l'exotérisme pour trouver l'ésotérisme: Un examen superficiel pourrait donner la fausse impression que l ...
Un examen superficiel pourrait donner la fausse impression que le cherchant de la Vérité spirituelle se dirige toujours de l'exotérisme vers
l'ésotérisme, de la surface vers le noyau. Or, cette assertion n'est vraie qu'à condition de savoir ce que l'on met exactement dans ces deux termes flous que sont « exotérisme » et
« ésotérisme ».
Si l'on considère que l'exotérisme est une branche de l'Eglise « officielle » avec sa liturgie, ses chants, sa doctrine et ses traditions et que l'ésotérisme consiste en la réunion de loges maçonniques, rose+croix ou martinistes œuvrant à des rituels symboliques, alors c'est une erreur que de croire que le chemin spirituel est celui d'un exotérisme menant à un ésotérisme avec celui-ci comme finalité. Autrement dit, croire que la liturgie officielle est un sous rituel par rapport aux rituels des ordres ésotériques est une erreur. Celui qui pense embrasser l'ésotérisme comme religion de substitution et désormais se limiter à celle-ci fait une erreur. Du moins, celui qui suivrait un tel parcours aurait raté quelque chose car il se limiterait à l'aspect humain sans s'ouvrir complétement à la transcendance. En réalité, c'est le chemin inverse qui est censé se produire.
Le but de toute vie spirituelle est de devenir un relais parfait de la force d'évolution divine, de l'amour divin. Le but de la vie terrestre est de devenir pleinement, chacun selon sa nature, une lampe faisant rayonner la Lumière de Dieu. Ce faisant, l'homme recouvre sa dignité et sa fonction primordiale qui est celle de co-créateur et de régent de l'Univers, il se déifie, devenant un dieu en union sans confusion avec Dieu.
Or, pour se faire, pour devenir ce miroir poli reflétant parfaitement les rayons du soleil, il faut se débarrasser de tout ce qui nous encombre et qui nous cache les rayons : peurs, pulsions de mort, angoisses, chaos intérieur... Tous les dévoiements et agitations vaines de notre esprit qui nous coupent en permanence de notre Source.
Se débarrasser de tout cela demande un constant travail de réorientation de la conscience, de réorganisation et de pacification de l'esprit afin de devenir un temple vivant et serein qui pourra accueillir l'Esprit Saint qui à son tour transfigurera l'être tout entier.
Dans cette perspective, le travail symbolique de la maçonnerie ou celui plus mystique d'autres ordres initiatiques est précisément d'induire cette réorganisation de l'être. Loin d'être en opposition avec la liturgie sacrée, loin d'être un approfondissement de cette même liturgie, ce travail est l'outil permettant à certains d'opérer cette transformation intérieur qui les fera mieux saisir la quintessence spirituelle de l’Église. Pour mieux le dire, les ordres ésotériques offrent les clés qui ouvrent la conscience à la Lumière transmise par l’Église. Dès lors, opposer ésotérisme et exotérisme n'a aucun sens, tout comme opposer Eglise et loges ou croire que la loge remplace l’Église est contre nature, à la limite de l'absurde. Rappelons qu'initialement, la loge jouxte la cathédrale en construction, elle n'a pas pour vocation de remplacer la cathédrale ou de lui être supérieur mais de former et d'unir les ouvriers afin qu'ils s'appliquent à la construction du bâtiment sacré !
Bien sûr, tout le monde n'a pas pour vocation de faire partie d'une loge. Chacun étant différent, chaque chrétien aura la manière qui lui est propre pour recevoir la Lumière. Ainsi, certains vont choisir la méthode symbolique, d'autres la voie mystique, d'autres encore le monachisme. Tel chemin d'approfondissement n'est pas meilleur qu'un autre, un moine n'est pas forcément plus évolué spirituellement qu'un laïc. De même, s'imaginer que les membres d'ordres initiatiques sont forcément une élite plus loin sur le chemin de la réalisation que ceux qui se trouvent en dehors revient à s’illusionner gravement. Tout est simplement une question de nature profonde. Nous sommes tous différents, avec des natures et des vocations différentes et Dieu, dans Sa sagesse, a permis l'existence d'un certain nombre d'outils pour nous reconstruire afin que nous puissions saisir Sa Lumière et la transmettre.
Les ordres ésotériques offrent donc un travail préparatoire à celui, spirituel et saint, de l’Église. On le remarque d'ailleurs, beaucoup de cherchant avancés sur les voies ésotériques vont ou reviennent à un moment donné vers la liturgie « officielle » improprement appelée exotérique. Grâce au travail ésotérique, ils ont mis de l'ordre en eux, ont aplani leurs passions, sont descendus au fond d'eux-mêmes, ont appris à se connaître et ont pu extraire la vivifiante racine divine qui sommeille en chacun. Se faisant, ils ont cultivé une réceptivité à l'Esprit qui leur permettra d'appréhender pleinement le mystère liturgique.
Et c'est à ce moment, au sein même de l’Église, dans une liturgie hebdomadaire que le véritable ésotérisme, qui est Lumière ineffable, se révèlera et que le sacré se manifestera indisciblement.
Merci ton commentaire mon frère. Est-ce bien différent (et je me pose la question) de rencontrer le Christ et de rencontrer l'Eglise. L'Eglise au sens large (et non pas celui d'une institution temporelle et limitée) n'est elle pas l'assemblée de ceux qui forment le corps du Christ ? Que ceux-ci soient protestants, catholiques, orthodoxes, ou autres ?
Je ne connaissais pas cette phrase de Henri la Croix Haute (que je ne connaissais pas non plus d'ailleurs) mais c'est une très jolie devise ! ;-)
Oui, d'aileurs ton commentaire me donne une idée folle : imaginons qu'il y a de la vie civilisée sur d'autres planètes, si ces hypotétiques extra terrestres sont aussi en Chute, ils ont dû recevoir la visite du Christ... Je me demande dans quelle condition ? De plus leur Eglise sera sans doute bien différente de ce qu'on connaît mais non moins valable. Autrement dit, loin d'être figée, on peut dire que l'Eglise est d'une multi formité potentiellement infinie...
Dans ma jeunesse, fasciné que j'étais par Guénon, et aussi par Jean Tourniac (Granger) son fidèle porte-voix, j'étais prisonnier de cette pensée dualiste. Jusqu'au moment où je pris conscience que le Christ ne pouvait en aucun cas être rejeté "dehors" - "exo" - car il était plus intime à moi-même que moi-même. Le Christ est totalement au-dedans et totalement au-dehors : la vie en Christ et la vie du Christ en moi étant une même et unique réalité. Conclusion : ésotérisme et exotérisme sont mes deux manières d'être à la réalité, et la frontière entre les deux passe au-dedans de moi. Je ne suis ni absolument d'un côté, ni absolument de l'autre, je suis simultanément des deux côtés. Que je sois plus de l'un ou de l'autre dépend des puissances spirituelles que je mets en jeu. Cela ne dépend donc pas d'un déterminisme extérieur à moi.
Fort de ces réflexions, j'allai les soumettre à Jean Granger, qui me dit que j'avais sans doute raison. Néanmoins il ne modifia pas d'un iota son exégèse guénonienne. Elle était un élément fort de sa notoriété. Et un jeune maçon chrétien ne pesait pas lourd face au "maître" - je parle de l'ermite du Caire.
Depuis, j'ai compris, et affirmé avec une force croissante, l'incompatibilité foncière entre la doctrine guénonienne, ou postguénonienne, et le message du Christ. Comme je viens de le dire, j'étais arrivé à cette certitude par mes propres moyens, mais j'y fus grandement conforté par ma fréquentation de Robert Amadou, de pieuse mémoire.
Si l'espace ne m'étais pas mesuré, je montrerais comment la liturgie eucharistique est à la fois exo- et ésotérique.
Mais je reviendrai dans un prochain commentaire sur la distinction que notre frère Julien établit entre le Christ et son Eglise, distiction à mes yeux erronée - qu'il me pardonne. J'y reviendrai.
En tout cas, Galahad, encore une fois merci du fond du coeur.
Un grand merci pour ces précisions et ce témoignage très éclairant et du plus haut intérêt. Je pense également que si l'on fait la disctinction entre éso- et exotérisme, c'est souvent pour rejeter l'exotérisme au profit de l'"ésotérisme". Tout naturellement alors, on pourrait dire pernicieusement, l'action ésotérique devient une religion où l'on donne aux choses une valeur qu'elles n'ont pas : par exemple, on prend l'initiation maçonnique pour le baptême, les rituels symboliques pour de la liturgie et un vague recueillement pour de la spiritualité...
Je crois qu'il y a aussi la tentation (orgueilleuse) de se croire une élite. On pense détenir la Vérité alors que les autres, les profanes, les non initiés se contenteraient de "bigotterie". Attitude absurde quand on y pense car qu'est ce qui peut être plus "vrai" et plus "fort" que la présence réelle de Dieu sur l'autel ? Finalement, en d'autres termes, on en revient à l'attitude gnostique combattue par Saint Irénée de Lyon qui s'oppose à la gnose réelle.
Et cette gnose, cette véritable attitude ésotérique consiste précisément à desciller son regard afin de percevoir la Lumière là où elle se trouve. Comme vous le dites si bien, l'ésotérisme c'est s'ouvrir au Christ qui est en nous et autour de nous au moyen des outils qu'Il a mit à notre disposition à savoir les sacrements. Ne pas comprendre cela peut mener à une inversion des valeurs (oui je sais je suis sévère) où le secondaire devient primaire et où la plus grande confusion règne.
Merci à vous en tout cas, c'est un délice que de pouvoir échanger de la sorte :-) N'hésitez jamais à poster un commentaire quand le coeur vous en dit. Ou à répondre à mes commentaires et ce même lorsque vous n'êtes pas d'accord ;-).
Bien amicalement,
Un mot maintenant du Christ et de son Eglise. La plupart du temps, nos critiques, souvent justifiées, s'adressent à un organisme qui serait purement humain. (Je ne vous aprrendrai pas que de "bons esprits" ont décrété que le Christ n'avait jamais pensé à créer une quelconque Eglise, et que celle-ci était le fruit du cerveau dominateur de l'apôtre Paul. Laissons cela de côté, qui n'a strictement aucun intérêt).
L'Eglise n'est pas un organisme humain, c'est un organisme DIVINO-HUMAIN, THEANDRIQUE (comme on dit en grec). Cette réalité très oubliée en occident est restée précieusement conservée dans la pensée ecclésiale de l'orthodoxie. Oui, l'Eglise est un mélange, un mixte. C'est un grand corps dont la tête (le "chef") est le Christ (et nul homme) et dont les membres sont les innombrables humains qui constituent ce corps (cf. en particulier la 1ère épître aux Corinthiens, chapitre 12). Le "Chef" est saint, les membres sont plus ou moins honorables et sains, mais tous ne forment qu'un seul corps (infinie condescendance de Dieu !).
A cette Eglise, sainte en elle-même et constituée de membres pécheurs, le Christ a conféré les pouvoirs divins qu'il tenait du Père (source de toute divinité) par sa nature même, pouvoirs qui se réalisent dans les sacrements, et en premier l'eucharistie, où notre corps, en ingérant l'humanité du Christ, nous communique sa divinité. Pardon pour ces termes triviaux, mais ils sont nécessaires pour faire toucher du doigt (comme à Thomas) la réalité concrète de ce mystère. LE CORPS EST UN CANAL DE LA DEIFICATION. Raison pour laquelle toutes les doctrines qui rabaissent, méprisent, rejettent le corps, sont antichrétiennes. Les Messieurs de Port-Royal étaient des ascètes admirables, peut-être même des saints, mais ces saints n'étaient pas chrétiens car le jansénisme ne l'est pas.
Le christianisme n'est pas un spiritualisme, c'est un humanisme intégral : il tend à la glorification de toutes les composantes de l'homme : l'esprit, l'âme ET LE CORPS. Ce corps que toutes les spiritualités, gnostiques, extrême-orientales et autres, méprisent et délaissent. Eh bien non : ce corps, mon corps, ressuscitera joyeusement !
Tout cela pour dire que s'en tenir - ce qui m'est arrivé à mon tour - au Christ intérieur, à l'Eglise intérieure, c'est refuser la réalité au lieu de travailler à la transformer, et surtout, c'est refuser à notre Seigneur de nous servir des moyens divins qu'il a mis à notre disposition dans son infinie miséricorde. C'est dire au Christ : merci, mais je préfère agir à ma façon... C'est très grave.
Pardon à notre frère Julien s'il se sent attaqué. Il ne l'est pas. Mais je ne peux pas ne pas dire ce que son choix de la marginalité ecclésiale m'inspirent.
Je terminerai comme lui : paix et joie en Christ.
Merci encore pour cette réponse avec laquelle je me sens en parfaite harmonie. J'irais même plus loin en disant que certes "l'ésotérisme comme attitude, lorsqu'il n'est pas vécu à la lumière de l'Evangile, est source et fruit de l'orgueil" mais aussi source de relativisme absolu sous couvert de liberté de pensée. On finit par remplacer les "dogmes" (mot repoussoir qu'on ne comprend plus) par une doctrine bien pensante et politiquement correcte où plus rien n'est vrai et où tout est doute et confusion bref à un démantelement systématique de la Vérité plutôt qu'à son approfondissement.
En effet, la critique de l'Eglise corrompue, culpabilisatrice, fondamentaliste, dévoyée, fourvoyée dans la pastorale de la peur, le nationalisme, l'hypocrisie, les affaires de moeurs, les intrigues politiques, le jansénisme, le dolorisme et j'en passe, bref la critique de l'autocratique Eglise parfois submergée par les forces les plus noires est essentielle. Le problème aujourd'hui, c'est que cette critique s'est cristallisée et que l'image du Grand Inquisiteur flotte en permanence créant comme une nuée obscuricissante entre le sanctuaire divino humain et les chercheurs les plus sincères empêchant ceux-ci de recevoir le pan de Lumière et d'enrichir à leur tour le corps de Christ de leur présence. Peut-être que tout cela fera mourir l'Eglise afin qu'Elle puisse renaître purifiée et plus conforme à Elle-même, plus conforme à son image divine ? On ne peut que l'espérer...
En attendant, il faut avoir conscience que si imparfaite fut-elle dans son aspect humain, les sacraments qu'elle transmet ont eux, de toute éternité, la perfection divine. Et non, le christianisme n'est pas un spiritualisme qui tente de racheter les erreurs et qui court après la perfection, le christianisme est un humanisme qui tente à prendre conscience et de vivre une déification qui est présente depuis la venue du Créateur dans le monde. C'est tout à fait différent mais que c'est difficile de faire comprendre cela à nos contemporains ;-) ! En fait, et je sais que je vais passer pour un "réac" en disant cela (ce que je ne suis pas j'espère), à notre époque tout part tellement dans tous les sens, et même et surtout la spiritualité, que plus que jamais les paroles du christ font sens : "Celui qui ne rassemble pas avec moi, disperse"
Paix et Amour en Christ mes frères !