Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

800px-Goreme_OpenAir_Museum_Dunkle_Kirche_2_11_2004.jpgA notre époque de grand individualisme, de grand égocentrisme et de grande sécularisation, la spiritualité est souvent considérée comme étant une affaire personnelle, devant être vécue dans les limites physiques du domicile privé.  Sans vie communautaire, le spirituel du XXI e siècle vit dans le monde clos de sa subjectivité. 

En réalité, le spirituel d'aujourd'hui est invité à vivre comme l'athée.  On m'a rapporté un échange entre un professeur de philo et son élève.  Celui-ci faisait part de son désespoir face au manque de sens, de ce qu'il aimerait croire.  Et le professeur de lui répondre : "mais la vie a du sens, celui que tu lui donnes, l'important n'est pas l'extérieur mais l'univers que tu te construis chez toi, avec tes potes ou tes jeux vidéo."

 

Cette attitude égotique est aux antipodes du christianisme fondé à la fois sur l'oeuvre collective et la richesse individuelle.

Tout chrétien est prêtre de par son baptême. Dans une liturgie, réunion de l'ensemble du peuple, chacun participe pleinement à la célébration. Non comme spectateur observant une sorte de théatralisation du sacré mais comme acteur, comme concélébrant d'un mystère à la portée ontologique.

Il y a une profonde réalité mystique là-dessous. Trop souvent, l'on considère nos paroisses comme des rassemblements communautaires fondant simplement une identité ou un réseau social solidaire. En réalité, la communauté rassemblée forme le corps vivant de Dieu. Et chaque chrétien est une cellule du corps indivise du Christ, cellule dont la fonction individuelle est essentielle à l’œuvre collective de l’Église qui est de tirer la Création entière vers sa Source original.

Comme Dieu, chaque chrétien souhaite que la Création dans sa totalité soit sauvé, chaque brin d'herbe, chaque individu, à fortiori chaque sœur et frère en Christ :

 

Fait de nous tes serviteurs, purs et irréprochables, nous nous consacrons à toi ; reçois-nous, ô Dieu de vérité, reçois ton peuple... qu'ils soient en mesure d'être comptés parmi les anges, que tous soient élus et saints, dit la prière sur le peuple de l'eucologe de Sérapion.

 

L’Église en tant qu'épouse du Christ et réceptacle de l'Esprit Saint est plus qu'un agrégat d'individus, infiniment plus qu'une institution, Elle est un cœur palpitant irriguant l'ensemble de l'Univers.

Source de Vie, Elle est la Matrice où l'âme individuelle peut renaître, où l'Homme peut devenir nouveau, où l'Humanité peut se déifier, réaliser sa nature ontologique :

 

« Quand vous communierez, on vous dira : « Le Corps du Christ », et vous répondrez « Amen ! ». Mais vous devez formez vous-mêmes le corps du Christ. C'est donc le mystère de vous-mêmes que vous allez recevoir. » (Saint Augustin, sermo 272)

 

Loin de n'être qu'une expression faillible et humaine (ce qu'elle est aussi), l’Église est le Mystère des mystères qui n'est autre que la Présence sanctificatrice de Dieu manifestée sur Terre et exprimée dans sa totalité par chaque chrétien.

 

L'Eglise n'a d'autre but que de mener chacun vers la réalisation de sa propre nature, vers la déification. Par les sacrements, par l'eucharistie, par la liturgie, par la prière, les âmes sont invitées à se débarrasser de leurs opacités, à tendre vers l'ineffable Trinité, à se baigner dans les eaux de la régénération, à devenir réellement libre :

 

« Il est le pain de vie. Celui qui mange la vie ne peut pas mourir. Allez à lui et rassasiez-vous car il est le pain de vie. Allez à lui et buvez car il est la source. Allez à lui et soyez illuminés car il est la lumière. Allez à lui et devenez libres car là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. » Ambroise de Milan.

 

Mais bien sûr, les sacrements n'agissent pas de manière magique, la déification n'est pas automatique. Encore faut-il que le chrétien actualise les germes que l’Église dépose en lui. Les abjectes déviances de certains hommes d'Eglise doivent nous rappeler à quel point la volonté du fidèle doit être tendue vers l'Ineffable afin d'espérer recueillir la rosée divine gracieusement accordée. Tantôt il parviendra à s'abreuver à la coupe de la Grâce, tantôt son opacité sera trop grande. La lutte pour l'acquisition de la Grâce est permanente et essentiellement dynamique. « Tous les membres de l'Eglise qui aspirent à l'union avec Dieu sont plus ou moins dans la grâce, tous sont plus ou moins privés de la grâce » dira le théologien Vladimir Lossky.

6a00d8341bffb053ef0105359f7882970c-500wi.jpg

Comme le christianisme n'est pas un ensemble de règles arbitrairement fixée mais une rencontre avec le Dieu Vivant qui libère de la Loi, il n'est pas une religion. Comme le christianisme est une imitation de la Nature divine (Grégoire de Nysse). De même l’Église n'est pas une organisation juridique de prélats, Elle se distingue de toute organisation humaine car Elle est eschatologiquement la Jérusalem Céleste gouvernée par le Christ, vivifiée par l'Esprit et soutenue par la Mère de Dieu, les Saints et les Puissances angéliques.

Tag(s) : #Théologie et spiritualité

Partager cet article

Repost 0