Partager l'article ! Eglise : renouveau, amour et expérience personnelle de Dieu (1/2): En ce début février 2011, 190 théologiens de langue allem ...
En ce début février 2011, 190 théologiens de langue allemande (la moitié des professeurs de théologies universitaires) ont signé un texte intitulé Kirche 2011, Ein notwendiger
Aufbruch" (" Église 2011 : un renouveau indispensable"). Ce texte revêt, à mon sens, une importance majeure dans l'histoire de l'Eglise Catholique et de
la chrétienté en général. D'ailleurs, dans le contexte général de révoltes au Proche Orient, je ne peux m'empêcher d'y voir une action de plus de l'Esprit Saint et de son souffle libérateur.
Comme si en ce début de deuxième décennie du 21e siècle, il fut décidé, par décret divin, d'en finir une fois pour toute avec la dictature d'où qu'elle vienne.
C'est que ce texte est un véritable sursaut. L'électrochoc, conséquence des abus atroces commis par des membres du clergé. D'autant que comme on le sait, ces abus furent commis dans l'indifférence générale d'une hiérarchie ecclésiale dont la suffisance et l’intransigeance est certainement davantage responsable du vent de matérialisme soufflant sur le monde que la modernité qu'elle dénonce.
Ainsi, l'année 2010 fut, encore plus que les années précédentes, une année d'hémorragie parmi les chrétiens fréquentant les églises. Certains perdirent malheureusement la foi, d'autres décidèrent de vivre leur foi uniquement dans la sphère privée. Cette dernière solution peut sembler naturelle en cette période d'individualisme et finalement pas si dommageable que cela. Que chacun vive librement et intérieurement sa relation personnelle avec le Dieu Vivant, n'est ce pas cela le véritable but de la religion, qui rappelons le, se doit de relier l'homme au divin ?
« Qu'on supprime l'institution ! » ai-je déjà entendu dire, « On a pas besoin de gendarmes spirituels autocratiques ! ».
Oui, d'accord. Mais je crois que c'est quand même rater une dimension importante, à savoir la vie dans l'Eglise. En fait, je crois qu'à cet égard, l'Occident manque le coche depuis de nombreux siècles. Car, à force de césaro-papisme, avec ou sans gant de velours, on a oublié ce qu'était ou devrait être réellement l’Église.
Et le fameux texte des théologiens rebelles de commencer par « L'Église n'est pas en elle-même un but. Elle a pour mission d'annoncer Jésus-Christ, le Dieu libérateur et aimant, à tous les êtres humains. »
C'est un bon début mais je crois qu'on peut aller encore plus loin. Le but de l'Homme, en tant qu'individu et collectivité, est de connaître Dieu, de prendre part à sa Vie en devenant Dieu. En se déifiant, l'homme sanctifie toute la Création. Or, cette déification ne se fait pas en accumulant des mérites mais en s'ouvrant totalement à l'Amour divin. Susciter cette ouverture au divin, cette écoute au Souffle de l'Esprit, cette vie dans le Christ de Lumière est précisément le rôle de l'Eglise. Il n'y a pas une Eglise enseignante et une Eglise enseignée, il y a une communauté d'hommes et de femmes qui marchent ensemble vers le tout Autre qui leur tend les bras.
D'après certains historiens et théologiens, dont Jean Meyendorff n'est pas des moindres, le modèle hiérarchique de l'Eglise Catholique viendrait en grande partie des écrits du Pseudo Denys. Cet auteur du début du VI e siècle est connu pour ses magnifiques traités de théologies mystiques et ses écrits fort instructifs sur les mondes angéliques. Dans ces derniers, il décrit de manière fort détaillée l'organisation des créatures célestes en 9 ordres, eux-mêmes organisés en 3 triades.
Là où Denys s'avance, c'est en faisant un parallèle entre ces ordres angéliques et les ordres ecclésiaux terrestres. Ainsi, pour lui, la hiérarchie ecclésiastique qui comprend les triades « évêques – prêtres et diacres » et « moines – laïcs - catéchumènes » n'est rien de moins que le reflet terrestre de l'ordre céleste. Pour Denys, chaque ordre participe à Dieu selon sa capacité et cette participation est accordée par celui qui lui est immédiatement supérieur. Autrement dit, on en vient tout naturellement à penser que chaque ordre ecclésial est un état spirituel personnel et non une fonction dans la communauté, le titre devient l'équivalent d'un degré d'évolution spirituelle inaliénable.
Encore une fois, cette conception fut typiquement occidentale et catholique. Non pas qu'à Constantinople certains Empereurs
n'eurent pas la tentation de s'approprier le pouvoir spirituel en plus du temporel mais ils se retrouvèrent toujours en but à l'Eglise tout e
ntière , c'est à dire à l'ensemble des fidèles qui
tenaient en grande estime l'avis, la réflexion et l'expérience personnelle de chacun. (à suivre...)
Je ne suis pas entièrement d'accord (pour une fois :-)) sur saint Denis l'Aréopagite (à qui je donne le titre que toutes les Eglises orthodoxes lui reconnaissent).
j'y reviendrai, je pense.
Oui, enfin je ne tiens pas plus que cela à la thèse de Meyendorff qui voit dans les écrits de Saint Denis l'une des causes de la volonté autocratique du Pape. Je trouve cette thèse intéressante d'un point de vue de l'histoire des idées, mais à vrai dire je n'ai pas assez d'éléments et de connaissances que pour prendre sérieusement position.
Bonjour mon frère je pense également qu'il y a un mouvement de pensée dans l'Eglise Catholique allant dans le bon sens : vers plus de spiritualité, vers plus d'ouverture et moins de crispations. Certains papes furent certainement de véritables saints mais je pense sincèrement que le seul "haut prêtre" dans l'Eglise, c'est le Christ. Autrement dit, les prêtres et évêques n'ont qu'un titre correspondant à une fonction (censée elle même répondre à leur vocation charismatique). Et aussi prestigieuse, spirituelle et importante que soit la fonction, elle ne correspond en rien à une supériorité spirituelle quelconque : tout le peuple chrétien est prêtre, roi et prophète... Cette conception, que je n'invente pas mais qui est celle de la Tradition et du christianisme premier, donne un tout autre éclairage sur la fonction de l'Eglise, je trouve. Beaucoup plus dans l'éveil que dans l'admonestation, beaucoup plus dans la communion et l'empathie que dans le jugement ex cathedra...
Paix et Amour dans le Christ à toi mon frère,
A vouloir rechercher seul à vouloir connaître Dieu, l'homme ne risque-t-il pas un jour de vouloir se prendre pour Dieu ? C'est si facile si on reprend que l'homme fut créé à l'image et à la ressemblance de Dieu!
Je m'arrête car on ne doit donner qu'un commentaire et non commencer une discussion ; dommage que l'on ne puisse avoir le texte ou les textes de "Eglise 2011, un renouveau indispensable" ..
Mais je rejoins à 99% ce qui est dit ; merci pour cette magnifique réflexion.
hervé
Merci pour ce commentaire Hervé. Je pense en effet, que l'homme a besoin de guide et que c'est précisément le rôle de l'Eglise d'être ce guide. Ce qui lui donne une responsabilité immense et un devoir d'empathie sans borne.
Les dogmes et opinions émisent par l'Eglise doivent être des échellons menant au Ciel, non des couperets arrachant les ailes de l'âme.
Je mettrai en lien, le texte Eglise 2011 dans la deuxième partie de cette réflexion :-)
Tout à fait d'accord mon frère, cette cathédrale et cette basilique reflètent ce qu'il y a de plus beaux chez les uns et les autres.
Haha voilà un joli coup de gueule mon frère ! Je suis évidemment on ne peut plus d'accord avec le président et toi. Mais il semble que dans certains cercles, la lutte anti chrétienne est quelque chose qui est plus que jamais d'actualité en ce qu'on l'a labellisé de politiquement correct.
Je voudrais fraternellement dire à Julien, dont j'apprécie beaucoup les interventions, que sa vision de (des) Eglise(s) est trop limitée. L'Eglise est un organisme divino-humain (théandrique, disent les orthodoxes). L'aspect structurel relève de la partie humaine. Dans la partie divine, c'est l'Esprit-Saint qui est à l'oeuvre. Se contenter d'une "Eglise intérieure", je l'ai un temps jugé possible ; jusqu'à ce que l'eucharistie me manque affreusement. Les deux justifications de l'Eglise du Christ, créée par lui avec des pécheurs (quelle folie ! mais c'est la folie de Dieu) sont : 1) de nourrie les hommes affamés avec l'eucharistie et 2) d'annoncer au monde la résurrection universelle. Tout le reste est surajouté.
Attention, il n'impute pas l'entièreté de la volonté autocratique du Pape à Saint Denys. Il émet simplement l'hypothèse d'un renforcement, suite à ses écrits, de la conception d'une Eglise enseignante face à une Eglise à enseigner et à commander. L'une des causes principales des "errements papistes" étant plutôt une mauvaise (ou partialle) interprétation de Mt 16-18 ("Tu es Pierre et sur cette pierre...")
J'aime également beaucoup les interventions de Julien ainsi que les vôtres d'ailleurs ;-). Merci pour ces précisions sur l'aspect théandrique de l'Eglise.
Paix et amour en Christ à toi mon frère !
J'adhère à 100 pour 100 à ce qu'a écrit Julien dans son dernier message. Sans réserve. Mais... il y a un mais.
S'il veut se nourrir de l'eucharistie, c'est-à-dire participer à la divino-humanité du Christ, il lui faut bien s'adresser à une Eglise "institutionnelle". Lorsque, comme prêtre, je donne la communion aux fidèles, j'ai le sentiment très fort de reproduire les gestes du Christ lui-même.
Pas de problème mon cher Tribus Liliis, c'est un plaisir et un honneur que d'assister à un échange aussi intéressant que celui-ci.
Réflexion très pertinente mon frére, j'ai hâte d'avoir l'opinion de notre frère Tribus Liliis ;-p
Oui, je me suis posé longtemps la question et j'ai d'ailleurs longtemps pensé que la voie initiatique se suffisait à elle même. Mais depuis que je fréquente activement une petite paroisse, j'y trouve beaucoup de choses que je ne trouve pas dans la pratique intiatique : à commencer par la liturgie qui se situe sur un autre plan qu'un rituel maçonnique ou martiniste.... C'est difficile à décrire mais lors de la liturgie à l'Eglise, je ressens réellement Sa présence et Sa lumière. Dans le temple maçonnique, c'est tout à fait différent, les symboles me rapproche de Lui mais c'est plus diffus, moins évident, plus intellectuel ? plus indirect ? ou plus "psychique" ? c'est vraiment difficile à décrire...
Conclusion, je crois actuellement, mais je suis ouvert à toutes les idées, que le travail dans une structure initiatique est complémentaire à la fréquentation de l'Eglise alors que l'inverse n'est pas vrai, la liturgie se suffit à elle même, sans qu'il faille rajouter quoique ce soit.
Imaginons le travail d'un calligraphe, d'un artisan ou d'un peintre d'icône. S'ils le veulent leur travail sera un exercice spirituel, sculptant leur esprit, élevant leur âme, apaisant leurs passions, préparant leur être à la reception de la Lumière, leur travail sera complémentaire à la reception de la messe mais ne la remplacera jamais. Je pense que le travail en loge est du même ordre...
Cher frère Julien, l'eucharistie n'est pas seulement un moyen d'acquérir "les forces christiques", c'est-à-dire en langage théologique les "énergies divines". C'est surtout un moyen, et le seul, par l'intermédiaire de l'humanité du Christ (son corps et son sang, non pas morts mais ressuscités) d'ABSORBER PHYSIQUEMENT, concrètement, de la manière la plus réelle, SA DIVINITE. C'est un moyen de DEIFICATION. Nous sommes là bien au-delà de la morale et de la psychologie.Nous sommes sur un chemin de la transformation de l'ETRE même de l'homme.
C'est pourquoi, si l'on peut communier pour la vie (éternelle), on peut aussi communier pour sa condamnation, si l'on n'a pas fait pénitence de ses péchés, dont le pire est la haine du prochain. L'Eglise est fondée sur le PARDON.(J'ai fait un exposé pour le montrer, ce qui est facile ; il n'a pas sa place ici). Si l'on communie sans amour, y compris des ennemis (comme Notre Seigneur nous l'a enseigné), alors Julien a parfaitement raison, on communie pour sa condamnation car c'est un sacrilège à l'égard de Celui qui est Amour.
Bien sûr que le Christ a institué son Eglise et ses sacrements parce que nous sommes, non pas seulement faibles, mais pécheurs. Nous le sommes tous. Même les justes : "Il n'y a sur terre point de juste qui fasse le bien et ne pèche jamais" (Ecclésiaste 7, 20).
Saint Jean Chrysostome enseigne quelque part que si quelqu'un pratiquait réellement les Béatitudes, il ne connaîtrait pas la mort, c'est-à-dire qu'il serait déifié. Ce n'a été le cas de personne - même de la Mère de Dieu (ce qui pour moi est un mystère, mais j'ai une petite idée là-dessus).
Donc les sacrements sont des secours divins, et ce serait forfanterie de s'en priver.
Martines, non seulement recommandait l'assistance à la messe, mais il l'avait rendue obligatoire avant chaque "opération". Et la messe catholique, comme l'indique Julien, celle où les sacrements, en particulier l'eucharistie, ont une réalité. C'est pourquoi il exigeait de ses disciples réformés, par exemple Hauterive, de se convertir au catholicisme.
Quant à la vaste et délicate question de la duplication ou non des voies ecclésiale et ésotérique, je ne connais rien de plus limpide et définitif que "L'Eglise et le Temple" de Robert Amadou, qui a été réédité dans le "Cahier Vert" n°2 (2007). Tous ceux qui, comme nous, suivent concurremment ces deux voies devraient l'avoir lu.
Pardon pour ce long message : C'est votre faute, Galahad !
e
Encore merci pour ces explications, j'accepte la responsabilités de les avoir indirectement suscitées ;-)
ça s'impose ;-)
En effet !