Partager l'article ! Eglise : renouveau, amour et expérience personnelle de Dieu (2/2): Dans notre monde d'individualisme mais aussi d'informati ...
Dans notre monde
d'individualisme mais aussi d'information, il faut se réinterroger sur le rôle de l'Eglise. Peut-on limiter son rôle à une action sociale et caritative ? Je ne le pense pas. Même si je reste
persuadé que cette action est primordiale, elle ne doit, elle ne peut pas être la seule. Le rôle de l'Eglise est d'abord spirituel, c'est à dire qu'il lui appartient avant tout de relayer le
Souffle de l'Esprit afin d'attiser les braises divines qui dorment en chacun et inspirer le peuple chrétien afin que les fidèles puissent construire les fondations numineuses d'un monde plus
juste, plus beau et plus conforme au plan divin.
Dans cet ordre d'idée, il ne s'agit pas de gommer toutes les fonctions présentes dans l'Eglise mais de les remettre à leur juste place. Car si certains papes ou certains évêques furent certainement de véritables saints, le seul "haut prêtre" dans l'Eglise, c'est le Christ. Autrement dit, les prêtres et évêques n'ont qu'un titre correspondant à une fonction censée elle-même répondre à leur vocation charismatique. Et aussi prestigieuse, spirituelle et importante que soit la fonction, elle ne correspond en rien à une supériorité spirituelle quelconque : tout le peuple chrétien est prêtre, roi et prophète (ce que les protestants ont bien compris et mis en avant mais qui est également vécu par la plupart des églises orthodoxes)... Cette conception, que je n'invente pas mais qui est celle de la Tradition et du christianisme premier, donne un tout autre éclairage sur la fonction de l'Eglise. Beaucoup plus dans l'éveil que dans l'admonestation, beaucoup plus dans la communion et l'empathie que dans le jugement ex cathedra... Rappelons une fois encore que tout le peuple est prêtre, roi et prophète et que c'est dans ces fonctions qu'il doit être rétabli.
Autrement dit, je pense que le clergé doit avoir, non pas, un rôle minimaliste de garant d'une loi ou d'une tradition légaliste mais bien être à la pointe de l'éveil spirituel et de l'ouverture des consciences. Bref, servir d'exemple tant au niveau de la miséricorde que de l'ouverture aux énergies divines et à l'expérience mystique et réellement vécue du Christ. Dans cet ordre d'idée, Syméon le Nouveau Théologien martelait que quiconque accepte l'épiscopat sans avoir reçu la vision, n'était rien d'autre qu'un intrus.
La spiritualité chrétienne se doit d'être vivante à l'image du Dieu Vivant et non enfermée dans des concepts froids ou pire, juridiques. Dieu Infini est la Vérité, la Vérité est Dieu Infini. Par conséquent la Vérité « totale » est inexprimable en langage conceptuel, l'esprit humain étant incapable d'atteindre à l'essence de Dieu. Comme le rappelle Meyendorff : « Dieu s'est en vérité révélé en Jésus-Christ, et la connaissance de sa vérité est essentielle au salut, mais Dieu est aussi au-dessus de l'intellect humain et ne peut-être pleinement exprimé par des mots. »
Aussi, si la Vérité est inaccessible conceptuellement, elle l'est moins au niveau du vécu. Tout chrétien a la possibilité de faire l'expérience de la Vérité. La théologie, la vraie, n'est pas un processus de déduction rationnelle (processus considéré comme la forme la plus basse de théologie par les Byzantins).
Non, le vrai théologien (ou le vrai chrétien) est celui qui, s'ouvrant à la Vérité, la pressent, la goûte, l'embrasse et la ressent au fond de son être d'une manière presque sensuelle. Tout l'être du théologien contemple la Vérité en même temps qu'il est contemplé par elle, s'y abandonnant, il la laisse l'embraser.
Et c'est cette expérience directe de Dieu chez chacun de ses membres que l'Eglise doit encadrer et encourager loin de la conformiste morale moralisante. Car cette expérience n'est pas un vague ressenti émotif fondé sur des fondations bancales et arbitraire mais une expérience mystique profonde et structurée, s’appuyant sur une vie communautaire et sacramentelle authentique et apostolique. Ceci évitant, de facto, le problème des sectes et autres dérives.
L'Eglise est aussi un lieu de communion entre Dieu et les hommes mais aussi entre chacun de ses membres. Lieu de solidarité mais aussi lieu où doit s'exprimer la liberté la plus absolue. Car il ne peut y avoir de réconciliation avec la Source de Tout que librement consentie sous peine de n'être qu'un pacte coercitif.
Le manifeste le rappelle très bien : « Le respect inconditionnel de toute personne, l’égard pour la liberté de conscience, l'engagement pour le droit et la justice, la solidarité avec les pauvres et les opprimés : ce sont là des principes théologiques essentiels qui découlent de l’Évangile et que l’Église doit s’obliger à suivre. C’est à travers eux que l'amour de Dieu et du prochain deviennent concrets. »
Et le manifeste de demander un plus grand pouvoir décisionnaire des fidèles au niveau des structures participatives de la paroisse, à la nomination des prêtres et prélats et qu'on laisse (enfin!) les prêtres se marier et les femmes exercer le ministère.
Le texte appelle aussi Rome à faire preuve de discernement et à voir dans l'amour fidèle entre des divorcés-remariés ou des personnes de même sexe, un amour tout aussi valable que celui d'un premier mariage entre hétéros.
Enfin, l'un des derniers paragraphe du manifeste vaut la peine d'être cité in extenso : « Le rigorisme moral péremptoire ne sied pas à l'Église. L'Église ne peut pas prêcher la réconciliation avec Dieu si elle ne fait pas elle-même en sorte de créer les conditions d'une réconciliation avec ceux envers qui elle s'est rendue coupable par la violence, par le refus du droit, et par le renversement du message libérateur de la Bible en une morale rigoriste et impitoyable. »
J'espère sincèrement que ce texte sera entendu par le Pape et les prélats (et même par certains pasteurs) qui, trop souvent, ont eu tendance à enfermer la colombe dans la cage étroite de la pensée normative et du droit canonique.
N'oublions pas que le Dieu chrétien est la Vie et que la vie est mouvement.
N'oublions pas que les chrétiens moururent et meurent encore en martyr, victimes de l'ignorance et de leur opposition aux systèmes établis et cadenassés tout comme le Christ s'est opposé aux pharisiens.
N'oublions jamais que Jésus fut avant tout un rebelle dont le Verbe et
l'A
mour ébranla le monde sur ses fondations ! A nous, peuple de
Dieu, de faire évoluer notre inst itu tion afin qu'elle soit digne de son unique Grand Prêtre, le Christ Jésus.
Pour le texte original du manifeste , c'est ICI
Me ravit aussi la belle représentation de Saint Basile le Bienheureux que vous placez en tête de votre billet, et que j'eus l'heur d'admirer sur place il y a quelques années. Nous voilà en pays de connaissance...
Si je ne contre-signerais pas votre texte, en revanche j'y souscris. Pleinement. Je n'en retirerais pas un mot. J'en ajouterais plutôt quelques-uns, dans la ligne de nos échanges si intéressants avec Julien.
Voilà de quoi il s'agit. Les ministères de l'évêque, du prêtre et du diacre (ce dernier étant une déclinaison de certaines fonctions de l'évêque)ne sont pas seulement des fonctions, ce sont, justement, des ministères, c'est-à-dire des mystères - le terme "ministerium" traduisant toujours chez les Pères latins, par exemple saint Hilaire de Poitiers, le terme grec "mysterion". Mytères pourquoi ? Parce qu'ils participent du sacerdoce unique du Christ et tiennent de lui, et leur légitimité (d'où l'importance de la succession apostolique, les apôtres ayant reçu ce pouvoir du Christ lui-même) et leur puissance, oeuvre non pas des hommes revêtus de ces qualités, et forcément indignes, mais du Saint-Esprit qui agit par eux dans l'Eglise.
Ici intervient la hiérarchie sacrée de saint Denis l'Aréopagite. Je n'ai pas lu la thèse que vous prêtez au père Jean Meyendorff, pour qui j'ai la plus haute considération, mais si vraiment il voit là une inspiration pour l'esprit de domination ecclésiale, c'est là, sauf son respect, un contre-sens complet. Saint Denis établit un parallèle lumineux entre les hiérarchies célestes et les hiérarchies ecclésiastiques. Toutes sont des hiérarchies de service, les plus haut placés ne l'étant que pour servir les moins hauts placés. Pour faire court, les neuf choeurs angéliques ont pour mission essentielle (il y en a toute une série d'autres relatives à chaque catégorie)de transmettre au monde humain la capacité de la déification. C'est très sommairement résumé mais exactement. Quant aux choeurs ecclésiaux, ils ont pour fonction de rendre les hommes réceptifs à cette capacité en leur faisant franchir trois étapes : purification (oeuvre des diacres), illumination (oeuvre des prêtres) et initiation parfaite (oeuvre des évêques). Vous voyez donc que nous sommes à mille lieues d'on ne sait quelle épiscopocratie.
Bien entendu cette vue est idéale. Tout comme le fut la vue du Temple par le prophète Ezéchiel. Mais pourtant l'une comme l'autre correspondent à la réalité des desseins divins.(Ici il faudrait une digression sur l'inspiration divine). Et il ne faut pas oublier que toute ordination ou sacre comporte l'envoi d'une grâce particulière. Le Saint-Esprit agit à travers tous, et peut faire ses instruments même des plus pécheurs.
Xristos Nika, comme on dit en orthodoxie.
Comme dirait notre ami Julien, paix et amour en XC
Merci pour ce commentaire aussi élogieux qu'édifiant, c'est toujours un plaisir de vous lire cher Tribus Liliis ;-)
Oui, effectivement comme vous décrivez le travail de Saint Denis, je suis tout à fait d'accord avec cette perpective d'une hiérarchie de service et d'un ministère d'éveil. Espérons que la vision juste de ce rôle se généralise au sein de l'ecclesia !
Mais effectivement, au final : Xristos Nika ! ;-)
Avec plaisir mon frère ! ;-) Paix et Amour à toi !
Malhereusement, je ne l'ai plus ! Si jamais, je le retrouve, tu seras le premier à le savoir mon frère !