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spleen-and-ideal.jpgDans le christianisme et dans de nombreux autres religions et philosophies, l'humilité est considérée comme la mère des vertus et l'orgueil, la source noire de tous les vices. Certaines prières chrétiennes ou certaines litanies liturgiques parlent de notre état d'indignité voire de notre état de pêcheur dont « chacun d'entre nous est le premier ». 

Mais qu'est-ce que l'humilité ? Et qu'est ce que cet état de petitesse dans lequel l'homme se trouverait ? Et qu'est ce que l'adversaire de l'humilité, l'orgueil, tenu pour éloigner de Dieu ?

 

Car au cours de l'histoire, certains individus ou certains courants de pensée chrétienne ont confondu « humilité » avec « dénigrement de soi » voire haine masochiste de soi. A force de vouloir paraître plus vertueux que vertueux, à force de parer leur pathologie de religiosité, ils ont poussé l'état d'auto dénigrement jusqu'à ses limites, creusant eux-mêmes une fosse profonde où ils se sont enterrés.

A force de se gratter l'âme jusqu'au sang, à force de se considérer comme un moins que rien, on finit par se haïr. Les conséquences spirituelles ne sont font pas attendre névroses, psychoses, obsessions, pessimisme, désespoir, culpabilisation, pensées suicidaires,... On finit par s'engluer et sombrer dans une boue de pensées haineuses et négatives qu'on a soi-même mit en place. On se coupe de l'Esprit qui est joie et lumière et donc de Dieu, c'est l'acédie et seul un traitement en psychiatrie peut encore se révéler efficace.

 

Inutile de dire que cette attitude extrémiste n'a rien avoir avec l'humilité. Elle relève plutôt des nombreux pièges que les démons tapis dans les profondeurs de notre inconscient mettent en place pour nous détourner du chemin d'Amour et de Vérité, pour nous affaiblir l'âme. Non. Cette attitude n'est que l'expression de la pulsion de mort présente en chaque être et je crois, en ce début de XXIe siècle, qu'il faut définitivement en finir avec toute conception doloriste et misérabiliste du christianisme.

 

L'humilité est tout autre. Voici quelques pistes de réflexions et tentatives de définitions :

 

1) L'humilité relative à la nature humaine, c'est reconnaître nos faiblesses en tant qu'être humain. Certes si nous avons conscience de notre origine divine, on se rend rapidement compte de l'abysse gigantesque qui nous sépare de Dieu. Alors qu'immortels nous arpentions le Jardin d'Eden et participions à la gestion de la Création en toute béatitude, nous voici plongés dans le froid, les ténèbres, soumis au mal, aux blessures, à la maladie et à la mort. Triste constat que fait l'homme d'esprit.

Mais loin de nous inspirer du dégoût pour notre condition mortelle et faible, loin de nous faire nous arracher les cheveux de la tête telles des pleureuses et sombrer dans la lamentation, il me semble que cette distance infinie devrait au contraire nous galvaniser et nous émerveiller. En effet, celui qui a conscience de ce Dieu à la fois présent et Tout Autre, seul parfaitement Saint, ne peut qu'être subjuguer par cette Présence. Comment ne pas en éprouver un émerveillement mêlé d'un respect absolu ? Comment ne pas être enthousiasmé par cet infini à parcourir et qui ne sera jamais épuisé ?Comment ne pas se réjouir d'avance des trésors de vertus et de créativité que l'humanité, inspirée par l'Esprit, va découvrir au cours des siècles à venir ?  Comment ne pas s'engouer pour se mouvement d'évolution qui mène l'humanité déchue vers sa réalisation d'humanité déifiée dans un mouvement extraordinaire de remontée vers la Patrie Promise ?

Certes, fait à l'image de Dieu, joyau de la Création, l'humanité déchue a montré et montre néanmoins tous les jours le pire dont elle est capable. Mais elle a su également parfois s'ouvrir à l'Esprit et produire des perles de lumière artistique, mystique, poétique, littéraire, scientifique,... Devant cette prise de conscience de la nature profondément divine de l'être humain, l'orgueil serait de nous croire tout puissant avec notre science et notre emprise sur le monde. L'orgueil nous pousse à nous emparer de la Création et de nos semblables pour les consommer tels des vampires, proies jetables et bétail au service des plus «impitoyablement forts ».

Au contraire, l'humilité nous fait garder à l'esprit notre fragilité tout en avançant avec respect vers l'établissement d'une société libre, juste et aimante.

La vraie humilité nous rend responsable et aimant vis à vis de la Création et de ses habitants. L'humilité ne rend pas plaintif, gémissant sur notre splendeur perdue et maladivement complexé mais fait connaître simplement nos limites. De ce fait, elle rend circonspect et prudent. Conscient de la Source commune de chaque être humain, conscient d'avoir le même Père que l'ensemble de l'humanité, l'homme humble considère chaque créature comme son frère et quelques soient les manquements ou les limitations de celle-ci, il ne le jugera pas. Celui qui est vêtu de l'humilité aime passionnément l'humanité dans son ensemble.

Surtout, l'humilité ne peut qu'être assortie d'optimisme et de confiance car l'homme humble et chrétien cultive l'espoir. Il sait que les misères de l'humanité auront un terme et qu'au final, après des siècles d'évolution sous l'influence de l'Esprit Saint, après des siècles de lutte, seul le Bien sera victorieux. Il garde l'espoir car il sait que Dieu aime profondément l'humanité et veille sur elle, au point d'être venu Lui-même vaincre la mort :

 

« L'homme sur la terre, subjugué par la mort, comment pouvait-il revenir à la plénitude ? Il était nécessaire de rendre à la chair morte la participation vivifiante de Dieu. Or la force vivifiante de Dieu, c'est le Verbe, le Fils unique. C'est donc celui qu'il nous envoya comme Sauveur et Libérateur. Vie par nature, il prit un corps sujet à la pourriture afin de détruire en celui-ci la puissance de la mort et de le transforhumilitémer dans la vie. Comme le fer, mis en contact avec le feu, prend aussitôt la couleur de celui-ci, de même la chair, après avoir reçu en elle le Verbe vivifiant, est libérée de la pourriture. Ainsi il a revêtu notre chair pour la libérer de la mort. » Cyrille d'Alexandrie (Homélie sur Luc, v, 19).

 

(à suivre...)

 

Photo : 1) Carlos Schwabe "Spleen et ideal", 1907

 2)"Humilité", un des panneaux de bronze, par Andrea Pisano, des portes sud du baptistère de Florence, Italie.

 

Tag(s) : #Anges - Vertus & Esprit Chevaleresque

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