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L'abolition de l'Homme, voilà un titre terrible pour un ouvrage fort sévère. Dans la première partie, C.S.Lewis avec le style simple et élégant qui le caractérise, démontre qu'il a toujours existé un code éthique universel. Celui-ci n'est pas un ensemble de règles arbitraires garantissant le « vivre ensemble » mais quelque chose de plus puissant, de plus profond qui sous-tend toutes les civilisations malgré les différences apparentes.

Ce code moral universel, auquel Lewis donne le nom de Tao, est d'origine divine et élève la conscience humaine contrairement à l'instinct animal, c'est la traditionnelle opposition entre « bios » la force vitale à l'état brut et « zoé » la Vie qui vient de l'Esprit et qui sacralise la première. Or, Lewis remarque, de manière assez prophétique (le livre est écrit fin des années 40) que l'Homme veut à tout prix s'affranchir des lois naturelles. Dans sa logique imparable, Lewis démontre que cette volonté de sortir de la loi naturelle au moyen de la science aura in fine un effet pervers : celui de provoquer le contraire de ce qui est voulu. En effet, un homme totalement affranchi de la loi naturelle qui ne serait plus sensible à la maladie, à la douleur ou à la mort ne connaitrait plus aucune limite, serait un surhomme tout puissant. Or, un tel être, règnerait inévitablement sur l'ensemble des autres. L'on verrait alors émerger une caste dirigeante toute puissante, immortelle, qui n'aurait plus d'autre raison de vivre que la satisfaction immédiate de ses caprices... et de ses instincts. Cette caste supprimerait tout désir de révolte au sein de la population en permettant à celle-ci de satisfaire, dans une mesure moindre, ses propres instincts et caprices. En sortant des lois naturelles, on se place plus que jamais sous la coupe de notre nature la moins maîtrisée. C'est alors l'abolition du Tao, le relativisme le plus extrême, la disparition de l'éthique et de la morale... bref l'abolition de l'Homme.

Ce livre de Lewis est prophétique.  Le transhumanisme, philosophie techniciste qui arrive à grand pas, s'inscrit dans cette optique du désenchantement et de l'abolition de l'Homme.  Réflexion essentielle que celle de l'auteur car même une position ontologique optimiste ne dispense pas d'une prudence face aux avancées extraordinaires auxquels nous assistons et qui devraient encore éclore de manière exponentielle. Les nouvelles technologies sont porteuses d'évolution mais aussi de dérives dystopiques graves. L'Abolition de l'Homme est donc à lire comme un puissant ouvrage de spiritualité et une mise en garde de ce qui arrivera si l'Homme se déconnecte définitivement de la Source de tout Bien. 

 

C.S.Lewis, L'abolition de l'homme, Ed. Rafael, 2005

Tag(s) : #Coin lecture

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