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saintluc.JPGNous sommes tous des artistes, le problème c’est que les gens ne le savent pas et qu’ils n’ont pas construit une société dans cette optique là, m’a dit un jour un ami, réalisateur et musicien de son état.

J’ai longuement réfléchi à cette phrase et finalement je crois qu’il avait raison.  Dans la Genèse, Dieu donne à l’homme le pouvoir de nommer les créatures.  Or, dans la pensée sémitique, nommer une chose ou un être c’est lui donner l’existence, c’est décider de sa fonction, de son destin.

Dieu a donc placé l’humain dans un rôle de co-créateur car s’Il crée toutes choses, l’univers dans son ensemble, l’homme est chargé de transformer cette Création avant de Lui rendre.

L’homme a pour le pire et le meilleur transformé son paysage, après les désastres écologiques de l’ère industrielle et des débuts de la société de production de masse, une manière plus responsable de gérer la planète et ses ressources semble s’imposer. L’on ne peut s’empêcher de penser aux éoliennes et à tous les moyens qui transforment l’énergie naturelle proprement et de manière sans doute plus conforme à notre rôle premier.

Mais il n’y a pas que la gestion énergétique.  Par la célébration, l’eucharistie, la prière et la charité l’homme transforme également la Création.  Il la sanctifie, spirituellement, mystiquement, la préparant pour le jour des noces, pour la transfiguration universelle.

Et puis, il y a l’art.  Par l’art, par la création, par la créativité, l’homme réagence le réel, transforme les mots, les sons et la matière brute en chants, en histoires, en chef d’œuvre… Se faisant, il ouvre sa conscience au souffle de l’Esprit et ensemence le monde créé de la Présence vivifiante.

On dit souvent que chaque homme est un prêtre et un roi.  C’est la vérité mais l’homme est aussi fondamentalement un artiste au service de Dieu.

Le Pape Paul VI avait eu ces mots justes en s’adressant à une délégation d’artistes : « Notre ministère a besoin de votre collaboration. Car, comme vous le savez, Notre ministère est celui de prêcher et de rendre accessible et compréhensible, et même émouvant, le monde de l'esprit, de l'invisible, de l'ineffable, de Dieu. Et dans cette opération... vous êtes des maîtres. C'est votre métier, votre mission ; et votre art est celui de saisir du ciel de l'esprit ses trésors et de les revêtir de mots, de couleurs, de formes, d'accessibilité » (Insegnamenti II, [1964], 313)

 

Evidemment, comme pour toute chose, il faut faire preuve de discernement et ne pas sombrer dans ce relativisme facile qui sévit aujourd’hui et qui consiste à mettre sur un pied d’égalité Mozart avec n’importe quelle « junk music » aux accords disharmonieux ou les réalisations de Michel Ange avec l’art de renverser les pissotières.  Pour capter les subtiles fragrances de l’Esprit, l’artiste doit être ouvert, réceptif à la Grâce sinon il ne fera qu’exprimer les fantasmes et les désirs refoulés de son inconscient plus ou moins sain ou troublé.  Ce qui, empressons-nous de le dire, n’est pas inintéressant dans le cadre d’un travail de purification intérieure mais doit être reconnu comme tel sous peine de perdre la référence à la transcendance.

Le poète polonais Cyprian Norwid exprimait d’ailleurs très bien cette ambivalence de l’art : « Parce qu'il est recherche de la beauté, fruit d'une imagination qui va au-delà du quotidien, l'art est, par nature, une sorte d'appel au Mystère. Même lorsqu'il scrute les plus obscures profondeurs de l'âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l'artiste se fait en quelque sorte la voix de l'attente universelle d'une rédemption… La beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance »

 

Je m’étonne d’ailleurs que ce thème fut tellement peu développé en théologie (ce qui fut nommé via pulchritudinis dans le christianisme romain).  Si l’on a malheureusement à certaines époques agité l’épouvantail d’un Dieu vengeur, beaucoup plus souvent fait entrevoir l’Amour et la Lumière du Vrai Dieu, on a assez peu parlé du Dieu artiste.  Pourtant que l’on ouvre les portes des sens, quelle œuvre magistrale que cet Univers !

Dieu est un pianiste ayant conçu lui-même son piano et chaque touche projette à la fois des notes et des couleurs, des sons et des formes, des odeurs et des matières et le tout s’harmonise les uns avec les autres dans une gigantesque symphonie qui n’a de cesse d’enchaîner les mouvements depuis que la première note, « Fiat », fut lancée !

 

Tenter de percevoir ou de refléter cette symphonie est nous rapprocher du Royaume.

Simone Weil le décrivait très bien : « Dans tout ce qui suscite en nous le sentiment pur et authentique de la beauté, il y a réellement la présence de Dieu. Il y a presque une incarnation de Dieu dans le monde, dont la beauté est le signe. La beauté est la preuve expérimentale que l'incarnation est possible. C'est pourquoi chaque art de premier ordre est, par essence, religieux »

 

En tant qu’homme, nous sommes invités à écouter pleinement cette symphonie de Vie, à l’écouter avec les yeux du cœur.  Mais en tant qu’homme, nous sommes également invité à prendre une part active dans la symphonie globale, à développer nos dons, nos talents et notre créativité, nous sommes invités à jouer, à peindre, à écrire et à sculpter avec le Maître afin d’ajouter notre touche à Son chef d’œuvre…  

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