Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

arcana_arcanissima.jpgAu XVIe siècle suite à la redécouverte des manuscrits hermétiques, l’Égypte devient, dans l’imaginaire, la source de toutes les sciences, l’origine de toutes les connaissances occultes et alchimiques.

Ainsi, l’alchimiste Salomon Trismosin dans sa biographie l’Aureum vellus (1598) nous décrit comment il quitte Venise pour des «lieux plus favorables » où on le mit en présence de livres cabalistiques et magiques en langue égyptienne. Il fit immédiatement la traduction en grec et en latin : « c’est ainsi que je mis la main sur le grand trésor des Égyptiens».

Citons encore Blaise de Vigenère (1523-1596) : « …tous les plus beaux et profonds mystères de la Nature, ont été par les Égyptiens pères de toutes sciences, compris sous le fait du Nil. »

D’autres ésotéristes de ce seizième siècle vont trouver l’origine de toute sagesse dans l’hermétisme égyptien.  Signalons à titre d’exemple Fludd et John Dee dont l’influence sur la pensée ésotérique de l’époque fut étudiée par le docteur Yates dans son ouvrage : « La lumière des Rose-Croix » (Yates 1978).

La connaissance ésotérique en général et alchimique en particulier vise à expliquer et à relier l’Homme, la Nature, l’Univers et Dieu. Dès lors qu’on suppose que les Egyptiens avaient scellé leur savoir occulte sous le voile des hiéroglyphes et de leur mythologie, ceux-ci deviennent le point de ralliement d’une connaissance universelle appartenant à l’humanité dans son ensemble.

Giordano Bruno pensait que la sagesse de la religion égyptienne était non seulement acceptable mais aussi à l’origine du Christianisme. Bruno mourut pour avoir prêché une réforme du monde basé sur la sagesse hermétique égyptienne qui seule pouvait concilier les différences de religion.

Dans ce contexte, l’alchimiste Michel Maïer présente un intérêt particulier. Michel Maier fut le premier à faire une lecture alchimique de la mythologie  égyptienne.  De plus ses célèbres emblèmes sont d’un intérêt incontournable pour qui s’intéresse à l’art ésotérique.   

Disciple de Paracelse, secrétaire et médecin de Rodolphe II à Prague, Maier  considérait que l’alchimie était parfaitement maîtrisée par les Égyptiens qui en auraient fait la base de leur civilisation.  Elle serait donc la clef de la compréhension de cette civilisation et son héritage.

L’entête du livre de Maier : Arcana Arcanissima, Hoc est Hieroglyphica Aegyptio-Graeca est l’illustration de l’admiration de celui-ci pour l’Égypte.  Il montre deux obélisques entourant des figures d’Osiris, de Typhon, d’Isis, d’Hercule, de Dyonisos, la représentation d’un Ibis et le taureau Apis (voir illustration au début de l'article). 

Maier utilise Diodore de Sicile comme source d’information mais «… les écrivains païens n’ont pas rapporté les choses dans leur vérité…. Nous, afin d’établir le fondement de la doctrine égyptienne, nous tenons pour assuré, à partir d’innombrables preuves, qu’en Egypte une science enseignant les œuvres très secrètes de la nature, ou médecine d’or, s’est trouvée en usage, surtout chez les philosophes, les prêtres et les rois les plus anciens, lesquels  employèrent pour l’exposer par écrit des signes secrets choisis à partir d’animaux, que les Grecs nommèrent par la suite hiéroglyphes, tandis que pour l’exposer oralement ils usèrent d’allégories tirées de personnages fictifs et de leur exploits… » (Maier 1614, 2)maier37.1220456457.jpg

Maier propose une lecture alchimique des mythes égyptiens (En réalité, c’est surtout à une exégèse de la mythologie grecque que se livre Maïer.  Pour lui, comme pour ses contemporains, la mythologie grecque n’est qu’une transposition de l’égyptienne).  Principalement, le meurtre et la résurrection d’Osiris : « Le membre honteux d’Osiris est cette lie noire et inutile, au moyen de laquelle il a d’abord pris son accroissement, mais qui doit après la dissolution être séparée du reste du corps net et pur » (Maïer 1614, 13)

Les dieux sont les principes cachés intervenant dans la genèse des métaux.  Osiris est la matière première à partir de laquelle on compose la médecine d’or, Isis est le principe qui rassemble et unifie après que Typhon (Seth) ait séparé le souffre combustible de cette matière première.       

Maïer rompt avec l’interprétation évhémériste qui prévalait, selon Sylvain Matton, depuis le Moyen-Age.

Embleme-21.jpegLes ouvrages de Michel Maïer sont magnifiquement illustrés.  Ces illustrations font parties d’un genre à part entière : les emblèmes.  Pour Jacques van Lennep l’origine des emblèmes est complexe mais :  « Sans doute s’agissait-il pour les humanistes de trouver un équivalent aux hiéroglyphes dont la signification les préoccupait. »

Des ouvrages comme l’ Hypnerotomachia Polophili  de l’Italien Francesco Colonna et paru en 1499, contribuèrent sans doute à augmenter l’intérêt pour l’écriture ancienne dite hiéroglyphique.  De fait, l’ouvrage de Colonna était abondemment illustré et ces illustrations parsemées de signes qu’il appelle lui-même « coelati hieroglyphi, ouero characteri aegyptici ». Ces symboles ont, d’après l’auteur, un caractère allégorique et symbolique.    

L’emblème remporta un certain succès et des éditeurs allemands s’en firent une spécialité : Lucas Jennis et Johann Theodor De Bry.  Tous deux furent les éditeurs de Maïer. 

Les emblèmes de Michel Maïer sont dans le plus pur style des gravures de l’époque.  Et si des sujets égyptiens y sont représentés, ils sont très peu, voire même pas du tout, égyptisants.  Michel Maïer, comme ses contemporains, voit l’Egypte au travers du prisme de ce qu’il connaît mieux, à savoir la tradition et l’art Grec.  Il faut attendre son successeur et disciple spirituel Athanase Kircher pour qu’apparaissent les premiers motifs égyptisants.     

Tag(s) : #Art et Culture

Partager cet article

Repost 0