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Dans certains milieux, on oppose encore tradition et modernité. Selon l'ésotériste R.Guénon, l'époque dorée du traditionalisme et de la spiritualité serait le Moyen-Âge. Le début de la décadence serait la Renaissance et l'Humanisme menant de facto à la société de consommation matérialiste dans laquelle nous nous trouvons.

 

J'ai une certaine affection romantique pour le Moyen-Âge, j'en profite pour saluer la mémoire de Jacques Le Goff parti cette semaine vers d'autres cieux. Ce très bon historien a réhabilité beaucoup d'aspects de cette période moins sombre que ne l'a dépeint un XIXe siècle qui devait s'en détacher pour entrer dans la modernité. Pourtant mon intérêt pour le Moyen-Age reste comme je l'ai dit : romantique. C'est-à-dire que le Moyen-Âge qui m'intéresse est archétypal, légendaire... Le Moyen-Age, racines chrétiennes de notre civilisation et pourvoyeur de symboles profondément présents dans l'inconscient collectif. Plus encore, c'est son imaginaire et son esprit chevaleresque qui me parlent et qui m'inspirent, son ambiance idéalisée qui nourrit ma spiritualité. Je m'y intéresse, je m'y plonge mais je ne cultive pas le passéisme.

Un article fort intéressant, publié dans la revue Evangile & Liberté décrit fort bien le passage d'une époque à l'autre et la traversée de la modernité (VOIR ICI). Je suis assez d'accord avec l'analyse de l'auteur.

En fait, l'éclosion de la Renaissance puis l’avènement des Temps Modernes répond à la nécessité vitale pour l'Homme d'Occident de se libérer du joug spirituel dogmatique des Eglises et du joug politique des pouvoirs autocratiques. Certes, on me rétorquera qu'aujourd'hui le monde est dirigé par d'autres formes de dictatures – la financière notamment – et on aurait raison. Autre époque, autre problème, j'aurai l'occasion d'y revenir longuement la semaine prochaine.

 

Je ne crois pas qu'il y eut ou qu'il y aura jamais un âge d'or sauf à parler de l'avènement du Royaume. Je pense que le monde évolue peu à peu, cahin-caha, dans une bonne direction mais que les défis sont constants, que les dangers sont proportionnels au progrès effectué et que les attaques contre l'humanité par les forces d'entropie sont permanentes.

L'alternative au monde cloisonné médiéval n'était pas la modernité sans âme vers laquelle nous menaçons de glisser mais plutôt une libération totale de l'être. En effet, les pères de l'Humanisme et de la Renaissance, Pic de la Mirandole, Marcile Ficin, Paracelse, Agrippa de Nettesheim et les autres tenant de l'Hermetisme Chrétien avaient à cœur de promouvoir un monde où chaque homme et chaque femme pourraient faire éclore la part divine qui gît en lui-même. Un monde où chaque individu possède la dignité absolue que lui confère son héritage divin, un monde où l'Humanité règnerait sur les ressources naturelles avec sagesse et amour, conscient des liens ontologiques qui relient chaque parcelle de la Création. Le monde des premiers humanistes gardait son enchantement, son ouverture sur l'imaginal, cette étincelle divine qui brille en chaque chose et sur laquelle l'on soufflait pour allumer le brasier de l'Esprit. Avec un regard émerveillé, ils furent les pionniers de la science, c'est-à-dire des explorateurs de l'Univers, impatients qu'ils étaient de découvrir les merveilles qu'il recelait. Ces hommes avaient compris que la tradition « était une transmission : non pas d'us et coutumes accréditant une vision passéiste et conservatrice des idées et des moeurs (traditionalisme) ; mais pérennité d'un savoir de type initiatique d'abord transmis par le Verbe à quelques rares disciples en quête de régénération spirituelle, puis au cours des siècles à ceux des mages, adeptes et artistes qui en ont ensuite perpétué l'esprit par leurs pratique en matière de philosophie occulte. »1

 

Le passéisme sied mal à la vraie spiritualité qui est a-temporelle mais qui paradoxalement trouve toujours à s'incarner dans le flux temporel et l'espace culturel quel qu'il soit.

Cette vision fut vraiment celle d'une renaissance et d'une régénération de l'Homme, du Monde et de la société. L'on sait comment, à l'époque industrielle, elle fut vidée de sa substance et comment l'on tomba dans une vision scientiste et mécaniste du monde dont les conséquences déshumanisantes continuent à se faire sentir. Néanmoins la modernité occidentale reste une bonne chose ne fut-ce que par la liberté d'action, de pensée et d'expression qu'elle implique.

D'autant que la vision des hermétistes chrétiens n'a pas disparu pour qui veut se donner la peine de chercher. Elle survit dans le coeur des hommes et des femmes qui cherchent à vivre cet idéal, ce Grand Oeuvre, cet accouchement de l'être intégral par le tissage du lien à Dieu et aux autres.5604_529734440407191_74739755_n.jpg

Elle survit et continue à faire son œuvre d'évolution au service de Dieu, construisant pierre après pierre le Temple de l'Homme relié à son Créateur.

 

En Islam, le cauchemar obscurantiste se densifie chaque jour comme au Pakistan où une assemblée religieuse vient de décréter que les femmes n'avait que rarement le droit de vivre (VOIR ICI pour cette plongée affligeante dans l'abîme).  Pourtant, en Islam aussi la Lumière perce les ténèbres qui n'arrive pas à la saisir.

Car en effet, cette vision sublime de l'être spiritualisé et inscrit dans son temps est y présente,  incarnée par certaines écoles soufies qui cherchent à ouvrir le peuple à une spiritualité noble et à une modernité pleine de sens  :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Françoise Bonardel, La Voie Hermétique, Dervy, 2002, p 9 - 10

Tag(s) : #Chronique du Lundi

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