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NewStGeorgeIcon(...) Lorsque dans la sombre nuit
La foudre éclate avec bruit,
Notre cœur pressent encore le Dieu fort;
Dans l'orage et la détresse
Il est notre forteresse ;
Offrons-lui des cœurs pieux : (bis)
Dieu nous bénira des cieux,
Dieu nous bénira du haut des cieux. (...)

 

Voici un extrait de l'hymne national suisse, « Sur nos monts quand le soleil », écrit en Allemand 1841 par Leonhard Widmer (les paroles sont traduites en français par Charles Chatelanat). Les Suisses ne sont pas très portés sur l'idée d'hymne national puisqu'il faut attendre 1961 et des années d'utilisation officieuses pour que l'hymne soit enfin reconnu comme tel par le Conseil Fédéral Suisse.

Mais maintenant que l'hymne était enfin officialisé, fallait-il réellement lancer un concours pour le remplacer ? A l'origine de cette brillante idée, le directeur de la très influente Société Suisse d'Utilité Publique, le philosophe et pourtant théologien Lukas Niederberger.

Dans une interview donnée à la BBC le 2 aout 2013, le philosophe affirme que le problème de l'hymne est un texte trop orienté : « Nous sommes dans une société ouverte, affirme M. Niederberger, religieusement neutre. Nous avons des athées qui ne croient en aucun Dieu ».

Pourtant, selon un récent sondage, 39 % de la population suisse se réclame de la religion catholique et 28 % de l'Eglise Réformée. Cela fait donc 67 % de chrétiens, reste 23 % à répartir entre les juifs, les musulmans, les bouddhistes, les sectes diverses... et les athées. Bref, c'est donc pour un petit 20 % de nos amis sans foi, qu'on change l'hymne national. C'est ce qu'on appelle une minorité influente.

Religieusement neutre ? Oui en terme de neutralité, les Suisses s'y connaissent. Mais à force de vouloir être neutre, c'est-à-dire plus rien, les Européens finiront par sortir définitivement de l'Histoire. Car, une culture qui se ferme consciemment à l'action de l'Esprit n'est plus irriguée par les forces spirituelles qui font réellement l'Histoire.

 

Et pendant ce temps, le Département d'Etat Américain (équivalent du Ministère des Affaires Étrangères) a décidé sous l'impulsion de John Kerry d'ouvrir une section spéciale chargée d'impliquer les leaders et les penseurs religieux dans la vie de la cité et du monde. Ce département a été confié à Shaun Casey, professeur d'éthique chrétienne au séminaire de théologie de Wesley.

Le discours d'investiture de M.Casey a le mérite d'être direct : « Je remercie M. Kerry pour cette initiative, il est inhabituel de voir un homme politique avoir conscience du pouvoir que peuvent avoir les groupes religieux pour lutter contre la pauvreté, le changement climatique, l'éducation, l'accès aux soins, les droits de l'homme, les construction de la paix, alors que certains mettent l'accent sur ceux qui pervertissent le message religieux par des actes de violence. La religion peut-être utilisée pour le Bien ou pour le Mal. Mais j'ai vraiment de l'admiration pour cette initiative qui défie cette espèce de sagesse conventionnelle qui proclame que la religion est une affaire purement privée et doit rester en dehors de la vie politique. »

Le bureau de M.Casey aura pour objectifs de promouvoir le développement durable, le pluralisme, les droits de l'Homme et la liberté religieuse.

A la fois John Kerry et Shaun Casey ont bien insisté sur le fait que cette initiative ne violait pas la Constitution qui prévoit un mur entre la religion et l'Etat.

 

Aussi bizarre que cela puisse nous paraître, ce mur de séparation entre l'Etat et la religion était compris de manière différente par les Pères de la nation américaine et par nos politiciens européens (et surtout franco-belge). Pour ces derniers, l'Etat ne peut absolument pas mentionner la religion, Dieu ou une quelconque croyance. Les hommes d'Etat et les hommes de religion se regardent en chien de faïence comme placés sur deux rails parallèles.

Aux USA, à l'inverse, l'Etat ne peut pas faire de propagande pour une religion en particulier mais rien n'interdit d'impliquer les leaders religieux dans la vie publique.

Voilà donc qui est fait : désormais les leaders religieux pourront mobiliser leurs communautés dans la construction de la société.

 

Vouloir reléguer la religion dans la sphère privée est une hypocrisie, une manière bon marché de gommer les différences et ce qui fait l'essentiel de l'être humain afin de garantir un soi-disant « vivre ensemble ».

Contrairement à notre modèle opposant raison et foi, « Lumières » et religion, modèle de l'agnosticisme triomphant voire de l'athéisme victorieux, le modèle à réussi l'intégration des contraires. Ainsi le décrit Jean François Colosimo dans son excellent ouvrage d'analyse « Dieu est américain »  : « C'est toute la singularité des Etats-Unis que d'avoir constitué la démocratie en politique religieuse et en religion politique. La force de cette dialectique tient à ce qu'elle est originelle. Elle forge dès les Pères fondateurs un mythe de la modernité où Raison et Révélation ne s'excluent pas, mais s'ordonnent à l'idée nationale. Autrement dit, la conjonction des Lumières et de la Bible opère une laïcisation de l'Eglise et une théologisation de l'Etat. Elle instaure ainsi le pouvoir politique eDepartment_of_state.svg-copie-1.pngn monothéisme abstrait qui concentre l'unique représentation commune aux deux sphères, spirituelle et temporelle, de la transcendance et du sacré. »1

 

Ne serait-ce pas là une bonne définition, adaptée au monde moderne, de la symphonie entre temporel et spirituel ? Symphonie sacrée et harmonieuse, chère à l'Empire Byzantin et cherchée en vain par la chrétienté depuis ses origines ? 

 

1Jean-François Colosimo, Dieu est américain, Fayard, 2006, p25

Tag(s) : #Chronique du Lundi

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