Partager l'article ! La révolte des prêtres !: J'avais déjà eu l'occasion de parler de l'extraordinaire mouvement progressiste qui rassemblait en Allemagne l' ...
J'avais
déjà eu l'occasion de parler de l'extraordinaire mouvement progressiste qui rassemblait en Allemagne l'élite des théologiens et des prêtres appelant à des réformes rapides et profondes dans la
manière catholique de voir le monde. Apparement le mouvement s'étend en Autriche mené par l'ancien vicaire général de l'archidiocèse de Vienne, Helmut Schüller (photo). Voici le
manifeste du mouvement auquel je ne peux qu'apporter mon soutien tout spirituel et intellectuel soit-il. Il va de soi qu'une Eglise qui s'éloigne du pharisianisme et de la sécheresse de
coeur et d'âme ne peut que gagner en profondeur spirituelle et en Lumière :
Le refus romain de s'atteler à une réforme de l'Église rendue depuis longtemps indispensable et l'inaction de nos évêques nous autorisent, et même nous poussent, à suivre notre conscience et à agir de nous-mêmes :
Nous, prêtres, voulons poser des jalons pour l'avenir :
1° Nous exprimerons lors de chaque culte une prière pour la réforme de l'Église. Nous prenons au sérieux la parole biblique : demandez, et vous recevrez. Devant Dieu, c'est la liberté de parole qui prévaut.
2° Nous ne refuserons pas l'eucharistie aux croyants de bonne volonté. Cela vaut spécialement pour les divorcés-remariés, pour les membres des autres Églises chrétiennes et dans certains cas aussi pour ceux qui ont officiellement quitté l'Église (1).
3° Nous éviterons autant que possible de célébrer plusieurs fois les dimanches et les jours de fête, ou d'engager des prêtres mobiles ou inconnus des communautés où ils viennent célébrer. Mieux vaut des célébrations organisées sur place par les communautés elles-mêmes que des tournées liturgiques.
4° Nous considérerons comme « eucharistie sans prêtre » et désignerons comme telles les célébrations de la parole avec distribution de la communion. Nous remplirons ainsi le devoir dominical dans une période pauvre en prêtres.
5° Nous ne prendrons pas en compte l'interdiction de prêcher qui a été faite aux laïcs formés et aux professeurs de religion (2). C'est justement dans les temps difficiles qu'il est indispensable d'annoncer la parole de Dieu
6° Nous nous engagerons pour que chaque paroisse ait un responsable : homme, femme, marié ou non, à temps plein ou non. Nous appelons à revoir l'image du prêtre plutôt que de fusionner les paroisses.
7° C'est pourquoi nous saisirons toute occasion de nous exprimer publiquement en faveur de l'ordination des femmes et des hommes mariés. Nous souhaitons d'avance bienvenue à ces collègues dans le ministère.
Par ailleurs, nous nous déclarons solidaires avec ces autres collègues qui, en raison de leur mariage, n'ont plus le droit d'exercer leur sacerdoce, mais aussi avec ceux qui continuent leur ministère tout en entretenant une liaison avec une autre personne. Ces deux groupes suivent leur conscience, tout comme nous qui nous exprimons ici. Nous les considérons comme nos frères, tout comme le pape et les évêques.
Nous n'avons qu'un maître, et, entre chrétien(ne)s, nous devrions tous nous appeler frères et soeurs. (3) C'est pour cela que nous voulons nous lever, pour cela que nous voulons nous engager, pour cela que nous voulons prier. Amen. Dimanche de la Trinité, 19 juin, 2011
Notes de TC
(1) « Ausgetretene » : i-e ceux qui ont déclaré aux autorités civiles ne plus faire partie de l'Église catholique. Cette déclaration se fait auprès de l'administration fiscale.
"2° Nous ne refuserons pas l'eucharistie aux croyants de bonne volonté. Cela vaut spécialement pour les divorcés-remariés, pour les membres des autres Églises chrétiennes et dans certains cas aussi pour ceux qui ont officiellement quitté l'Église."
C'est de pratique constante dans mon Eglise. Ce n'est malheureusement pas le cas dans toutes, où l'on constate d'ailleurs une très fâcheuse raréfaction de la communion (en Grèce par exemple)
"4° Nous considérerons comme « eucharistie sans prêtre » et désignerons comme telles les célébrations de la parole avec distribution de la communion. Nous remplirons ainsi le devoir dominical dans une période pauvre en prêtres."
Il existe dans beaucoup d’Eglises orthodoxes, sinon toutes, ce qu’on appelle la « synaxe diaconale », qui est exactement ce qui est décrit là, célébrée par un diacre, c’est-à-dire un clerc ordonné, pas un laïc.
"7° C'est pourquoi nous saisirons toute occasion de nous exprimer publiquement en faveur de l'ordination des femmes"
Ce serait une grave erreur.
"et des hommes mariés."
Dans l’orthodoxie, les prêtres et diacres peuvent être mariés, mais à condition de l’être avant leur ordination. Cela ne repose sur rien. Beaucoup de personnalités réclament la suppression de cette règle absurde, notamment le Saint Synode de l’"Orthodox Church of America", mais la question est constamment repoussée au « grand et saint concile panorthodoxe » dont on parle toujours, et qui se réunira la veille du retour en gloire de notre Seigneur Jésus-Christ !!!
Effectivement mon cher Tribus Liliis, j'en aurais été déçu :-)
Juste une petite précision vous dites :
"7° C'est pourquoi nous saisirons toute occasion de nous exprimer publiquement en faveur de l'ordination des femmes"
"Ce serait une grave erreur."
Vous êtes pour ou contre l'ordination des femmes ?
- Alors effectivement le concile panorthodoxe, on risque de l'attendre encore longtemps... Ceci étant, un concil peut être aussi l'occasion de graver dans le marbre des choses dont on se passerait bien, ce n'est donc peut-être pas plus mal au vu des courants réactionnaires et nationalistes qui sclérosent l'orthodoxie...
Bien amicalement et fraternellement en Christ,
Ha mes frères, voilà enfin que nous trouvons un sujet de désaccord entre nous. Je vais donc devoir creuser et appronfondir mon argumentation pour l'ordination des femmes. Voilà qui est sans doute très positif ! Merci donc à vous deux de contredire l'ami Helmut Schüller sur ce point et donc de titiller ma réflexion. Cela risque de me prendre un peu de temps, il faut que je réunisse des documents épars sur le sujets et que j'en retire ma réflexion, patience donc... mais je le ferai car c'est un sujet qui me tient particulièrement à coeur. Tout comme celui de la mixité dans les loges d'ailleurs ;-) A ce sujet, pour ce qui est de mon expérience, j'ai fréquenté divers groupes ésotériques et diverses loges, certaines mixtes d'autres non. Et sincèrement, j'ai toujours remarqué que le travail était beaucoup plus sérieux dans les loges mixtes. Bien sûr je n'en fais pas une règle absolue mais bien un constat basé sur une expérience personnelle. J'ai l'impression, contrairement à ce qu'on pourrait croire, que la mixité préserve des rivalités compétitives masculines et sans doute dans une certaine mesure des enjeux de pouvoir, danger inhérent aux structures dont on parle. Ce problème de rivalité intra genre existe d'ailleurs entre femmes et je connais des loges féminines où les nouvelles venues ont intérêt à faire profil bas sous peine d'être écharpée par les lionnes en place ! Bon, j'exagère un peu mais à peine...
Autre risque avec les "mecs" entre eux, c'est que les travaux de table se tranforment vite et systématiquement en lieu aussi élevé et élégant qu'un corps de garde. Rire gras, plaisanteries grasses, de préférence machistes.... Loin de l'élévation spirituelle dont on pourrait rêver, or je n'ai jamais assisté à cela dans les loges mixtes où les échanges et l'ambiance du temple ont tendance à se poursuivre en dehors. Je ne crois pas que d'hypothétiques problèmes relationnel homme-femme soit un argument suffisant pour interdir ou dénigrer la mixité. Les problèmes relationnels sont les problèmes relationnels, homme-homme, homme-femme, femme-femme, les loges sont aussi un laboratoire pour nous permettre de travailler en microcosme sur ce type de problème. Enfin, j'aime à penser que, contrairement à certaines philosophies et modes de pensée, nous avons réussi en Occident à nous considérer, homme et femme, sur un pied de parfaite égalité et de respect sans devoir plus nous séparer les uns des autres par des cloisons, des concepts ou des morceaux de tissu.
Quand au fait du monde matérialiste et de la tradition, y a t il réellement un rapport entre la mixité et le matérialisme ? Je ne le crois pas.
D'ailleurs concernant notre époque, je crois que tout n'est pas tout noir ou tout blanc, tout évolution ou toute involution. Nous vivons dans une ère qui a bien des niveaux est plus évoluée que les précédentes, et qui à bien des niveaux l'est moins. C'est toujours l'histoire du bon grain et de l'ivraie, l'avancée vers le but est mêlée de recul désastreux. Le désastre de la modernité se situe dans sa négation de la dimension spirituelle de l'homme ou dans la simplification de celle-ci. La décadence est dans le "tout commercial" qui réduit tout à une valeur marchande et encourage la pire des superficialités, l'égoisme le plus abject... Le mieux de notre époque est précisément la mise à mort de certains préjugés, les moyens de communication accrus (sans Internet, nous n'aurions pas cette conversation) et l'ensemble des progrès technologiques et scientifiques nous donnant à la fois plus de confort et une meilleur compréhension du monde... Bref s'il y a certes encore du boulot et que souvent les choses sont à recommencer, j'aime à croire que l'Esprit nous guide et que petit à petit l'humanité avance vers son but...
Donc certes, l'Eglise ne doit pas suivre les modes et l'homme doit se spiritualiser afin de spiritualiser la société. Cela n'empêche que tout rapprochement entre les êtres (entre les sexes, entre les peuples, entre les ethnies,...) est un progrès indéniable car il va dans le sens de la Paix, celle du Christ ;-)
Paix et Amour en Christ mon frère
Avec la TRADITION APOSTOLIQUE ET PATRISTIQUE UNANIME, j'estime que les femmes ont beaucoup mieux à faire que de devenir prêtres. "Pasteures", cela ne ma gêne pas, ce n'est que (!) de la prédication. Mais l'origine du service essentiel du sacerdoce, c'est l'eucharistie, à svoir le renouvellement de la Sainte Cène : où étaient les femmes ? Même la Théotokos était absentes !
Les femmes font mieux : elles donnent et entretiennent la vie, et surtout, comme Marie-Madeleine, elles rencontrent le Seigneur resssucité et l'annoncent aux hommes incrédules.Ce pourquoi elle (Marie-Madeleine, archétype de la femme d'amour et de foi) a été dénommée "l'Apôtre des Apôtres".
Je ne suis pas sûr de vous convaincre cette fois, mais nous pourrons en reparler ici ou ailleurs.
PS Je n'attends rien du concile panorthodoxe, car je ne l'attends pas.
2e PS Connaisez-vous l'opinion de saint Martin de Tours sur les conciles ?
Mon cher Tribus Liliis, comme je le disais à notre frère Julien avec qui nous partageons beaucoup de réflexions communes, je suis ravi que nous ayions enfin trouvé un sujet de désaccord profond. ;-) Je vais devoir plancher une réponse digne de vos connaissances bien plus larges que les miennes et cela risque de me prendre du temps... patience donc.
Je me permets de céder ici la place à deux penseurs que vous devez connaître Nicola Lossky et Elisabeth Berh Sigel qui, pour l'instant, exprimeront mieux que moi ce que je pense du problème :
Nicolas Lossky :
"«On dit que le prêtre représente le Christ, en particulier dans l'eucharistie. Mais Ignace d'Antioche a dit que le prêtre est à la place du Christ et non qu'il le représente. L'Eucharistie n'est pas une représentation, mais un mémorial. Il n'y a pas d'opposition à ce qu'une femme soit à la place du Christ, car nous sommes tous récapitulés en Lui. »J'ai dépassé mes réticences d'enfance à voir une femme à l'autel. Cela ne me choque pas. Mais la question n'est pas là. La vraie question est: qu'est-ce qui nous permet d'exclure de ce charisme les femmes pour la seule raison qu'elles sont femmes? Je ne sais pas s'il est licite ou non d'ordonner des femmes à la prêtrise, mais dire que c'est illicite parce qu'on ne l'a pas fait pendant deux mille ans ne me suffit plus. C'est à partir de cette interrogation que les orthodoxes doivent travailler. Elle ouvre le vrai débat sur la nature de la différence entre le sacerdoce universel des baptisés et le sacerdoce spécifique de telle ou telle fonction dans l'Eglise. Elle pose aussi la question de la différence, dans l'Eglise, entre le pouvoir et l'autorité. L'autorité de l'Eglise n'est pas celle d'un seul, elle est communionelle : «Aucun élément du corps ne peut dire à l'autre: je n 'ai pas besoin de toi» (1 Cor, 12). Chez nous, il n'y a pas d'Eglise enseignante et d'Eglise enseignée, il n'y a pas quelqu'un qui assènerait ce qu'il faut croire. S'il y a un jour des femmes prêtres chez les orthodoxes, ce sera le résultat d'une unanimité, recherchée dans l'écoute de l'Esprit-Saint. Cette unanimité sera d'autant plus difficile à obtenir que cette question est nouvelle et vient de l'extérieur. «Cependant, il n'existe pas non plus d'unanimité pour dire pourquoi l'Eglise orthodoxe ne doit pas ordonner de femmes ! II me semble qu'on ne peut plus faire l'économie d'un débat sur la question.»
Elisabeth Behr Sigel :
L'orthodoxie ne peut plus se permettre de dire que c'est un sujet qui ne la concerne pas. Aujourd'hui, environ un tiers des étudiants en théologie au séminaire de théologie orthodoxe Saint-Vladimir à New York sont des femmes. A l'Institut Saint-Serge, à Paris, des femmes sont chargées d'un enseignement théologique. Je ne dis pas qu'il faut que des femmes soient ordonnées demain chez les orthodoxes, je dis qu'il faut explorer la question. Ce qui me choque dans le refus du sacerdoce féminin, c'est qu'on conteste qu'une femme puisse recevoir les dons de l'ordination. Car, tout de même, le sacerdoce vient du Christ ! Il est le seul Prêtre, et nous sommes tous récapitulé en Lui. Dans ce cadre-là, certains sont mis à part, en vertu de charismes particuliers, pour assumer la charge pastorale. Il est évident que dans l'Eglise primitive, les femmes ont exercé des fonctions qu'aujourd'hui elles n'exercent plus parce qu'on y accède uniquement par l'ordination.
Encore une fois, il n'y a pas d'opposition à ce qu'une femme soit à la place du Christ : nous sommes tous récapitulés en Lui" - certains avancent le symbolisme puissant du "Christ Epoux de l'Eglise". Le prêtre, icône du Christ, devrait donc être un homme, épousant lui aussi l'Eglise. Ce concept s'inspire de l'idée de la relation charnelle où l'homme ensemence et la femme reçoit. Ce symbole du Christ Epoux est une image pour dire que l'Eglise est totalement dépendante et réceptive par rapport au Christ, ce qui est vrai. Ceci étant dit, ce symbole n'est pas à prendre comme une réalité biologique ou anthropologique. De plus, le prêtre ne représente pas le Christ mais l'Eglise. Au moment le plus essentiel et solennel de la liturgie, l'épiclèse, le prêtre invoque l'Esprit-Saint sur les dons et "sur nous": il représente l'Eglise à ce moment là. Par ailleurs, la personne transcende le sexe. Les différences de fonction dans l'Eglise sont fondées sur les charismes, sur les dons de l'Esprit-Saint. Saint Paul affirme que ces dons sont accordés à des personnes, et non pas selon le sexe. L'homme et la femme sont différents psychologiquement et biologiquement, mais ils peuvent exercer une même fonction de manière différente. Il faut se garder d'enfermer l'homme et la femme dans des définitions ontologiques : par bonheur, les défauts et les qualités humaines sont également distribués! L'argument consistant à dire, au nom de l'altérité, que les femmes ont autre chose à faire dans l'Eglise que de devenir prêtres comme les hommes, n'est donc pas pertinent. Les orthodoxes doivent se demander si l'ordination de femmes remet en cause l'essentiel de la foi ecclésiale, de la compréhension orthodoxe du sacerdoce ministériel. Ne s'agit-il pas plutôt de l'expression historique de ce ministère ? Un domaine où des variations, une évolution, un certain pluralisme, ne sont pas seulement admissibles mais souhaitables. Dans la ligne du déchiffrement des signes du temps, sous la conduite de l'Esprit auquel le Christ lui-même invite ses disciples.
PS Non, je ne connais pas l'opinion de Saint Martin de Tours sur les conciles, quelle est-elle ? ;-P
Bien amicalement et Fraternellement en Christ,
Et je regrette de dire que c'est aussi le cas de ceux de Nicolas Lossky, que je révère. (Je suis d'ailleurs surpris qu'il ait eu cette position ; pouvez-vous me dire où il l'a exprimée ?)
Je n'en dis pas plus, il est tard, et je vais soigneusement me relire pour éviter les fautes d'orthographe de mon dernier message, qui me crispent.
Saint Martin, après avoir participé à un concile d'Aix-la Chapelle où l'on avait, malgré lui, mal traité des évêques espagnols convaincus d'hérésie (on les avait mis à mort après lui avoir promis leur grâce), dit : je n'irai plus aux conciles ; dans celui-ci, je n'ai pas vu le Saint-Esprit, mais des démons !
Ainsi fut fait.
J'aime bien !
Très frat. en X
J'aime bien aussi la réflexion de Saint Martin. Malheureusement, les hommes étant ce qu'ils sont, on a souvent cette impression en étudiant l'histoire de l'Eglise. Et puis, on peut sans doute imaginer que les démons en font le siège en permanence réussissant trop souvent à transformer la dévotion bornée des plus faibles en folie meurtrière !