Partager l'article ! La théologie politique de l'Empire chrétien: Ce petit ouvrage contient deux discours rédigés par Eusèbe de César ...
Ce petit ouvrage contient deux discours rédigés par Eusèbe
de Césarée aux alentours de 336. Le premier est un panégyrique à l'occasion des trente ans de règne de Constantin, le second est le fondement théologique du premier discours.
Ce petit livre à de quoi surprendre tant les conceptions de l'auteur sont éloignées de notre vision de la politique. En effet, pour Eusèbe, le gouvernement du monde est donné par le Père au Christ-Logos médiateur qui lui-même délègue son pouvoir à un représentant terrestre, dans ce cas ci, l'empereur byzantin.
Marqué par les persécutions de chrétiens auxquels il assista, Eusèbe vante les mérites de cette théocratie chrétienne capable d'unir les peuples dans l'adoration du vrai Dieu et de mener les barbares vers la civilisation les débarrassant de leurs pratiques mauvaises comme les sacrifices humains et l’idolâtrie.
Certes, la vision dépeinte par Eusèbe est utopiste et idéale, tout comme le sera la vision des Byzantins au cours du millénaire que dura leur civilisation. Contrairement à ce qui est parfois véhiculé, l'idéal Byzantin consistera précisément en une Église ne s'occupant pas des affaires de l’État. L'Empereur étant choisi par Dieu, celui-ci avait en effet à charge de protéger l'ensemble des chrétiens. Cette protection assurée et entre de bonnes mains, les dignitaires pouvaient se concentrer sur la spiritualité. L'Eglise d'orient, par conséquent, ne s'occupa que très rarement d'émettre une opinion sur la politique ou sur la vie civile et quotidienne.
Pourquoi lire Eusèbe aujourd'hui ? Il y a indéniablement un intérêt historique à lire l'auteur, ne fut-ce que pour découvrir les circonstances et les opinions qui avaient cours à la fondation de cet empire si peu connu mais qui a su porter si haut les valeurs de la lumière chrétienne. Ensuite, les considérations théologiques d'Eusèbe sur la fondation du monde, la hiérarchie et le pouvoir structurant du Logos sont loin d'être dénuées d'intérêt pour ceux qui sont soucieux d'approfondir la spiritualité chrétienne.
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Ce prédécesseur est saint Méliton, évêque de Sardes, qui écrivait à la fin du IIe siècle, et que l'Eglise fête le 1er avril.
Il adressa à l'empereur Marc Aurèle (en pure perte) une "Apologie " dont Eusèbe de Césarée - justement lui - a conservé d'importants fragments. Je cite sa biographie (à paraître dans le blog http://www.blog-prions.org/) :
"Dans le troisième fragment, il construit, dans une audacieuse démonstration idéologique, une véritable synchronisation du christianisme et de l'Empire romain pour souligner la concomitance de leur apparition. Méliton affirme ainsi que les intérêts de l’Empire romain et du christianisme sont convergents dans ce qui peut être lu comme une première théologie de l'empire chrétien : les seuls empereurs qui, selon la tradition chrétienne, persécutèrent les chrétiens au Ier siècle, Caligula et Néron, sont reconnus comme mauvais par les Romains eux-mêmes, et les prédécesseurs de Marc Aurèle ont par la suite stigmatisé la délation.Il pense que l'Empire connaît un véritable épuisement religieux. Il met en avant le formalisme religieux des cultes polythéistes et de la religion officielle, qu'il met en parallèle avec la foi profonde, le comportement exemplaire et les exigences morales des chrétiens de son temps. Il avance l'idée que l’Empire ne peut durer si sa population a perdu toute foi et si sa morale ne tient qu’à une habitude ou à des philosophies naturelles comme le stoïcisme. L’Empire et le christianisme doivent donc s’allier, le premier fournissant le pouvoir politique, l’administration et la sécurité, le second une « philosophie », une régénérescence morale et l’appui de Dieu.
"Ce plaidoyer, qui n'eut pas de conséquences immédiates, préfigure ce qui se déroulera à partir du règne de Constantin Ier : il servira de fondement à l’établissement d’une théologie de l’empire chrétien qui sera élaborée
par Lactance et Eusèbe de Césarée au IVe siècle."
Je tenais à rendre hommage à ce Père de l'Eglise oublié.
Merci pour ces précisions, je pense en effet que l'Empire Romain fut l'écrin idéal pour accueillir le joyau du christianisme qui arrive à temps pour resacraliser la vie civile et religieuse. Un sujet passionant que ces origines du christianisme !