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Theophanie_Boussaev.jpgQue le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises. Ne mettez plus vos membres au service du péché comme armes de l'injustice, mais, comme des vivants revenus d'entre les morts, avec vos membres comme armes de la justice, mettez-vous au service de Dieu. Car le péché n'aura plus d'empire sur vous, puisque vous n'êtes plus sous la loi, mais sous la grâce. (Rm 6 ; 12-14)

 

Le baptême actualise la lumière qui se trouve inscrite en chaque être. Le chrétien possède en lui un trésor immense : une fine partie de lui est reliée d'une manière insécable à Dieu. Comme si une graine avait été plantée en lui au jour de son baptême et qui ne demandait qu'à éclore. Or cette graine de Vie si elle est proprement arrosée et entretenue, donnera naissance à un sens particulier, le sens spirituel ou la conscience interne de la loi.

 

Par le baptême de la régénération, la sainte grâce nous confère deux biens, dont l'un surpasse infiniment l'autre. Elle nous octroie immédiatement le premier ; car elle nous renouvelle dans l'eau même et fait briller tous les traits de l'âme, c'est-à-dire l'image de Dieu, en effaçant en nous tous les plis du péché. Quant à l'autre, elle attend notre concours pour le produire : c'est la ressemblance. Quand donc l'intellect a commencé de goûter, dans un sentiment profond, la bonté de l'Esprit-Saint, alors nous devons savoir que la grâce commence à peindre, pour ainsi dire, la ressemblance par-dessus l'image. De même, en effet, que les peintres tracent tout d'abord avec une seule couleur l'esquisse du portrait et que, faisant fleurir peu à peu une couleur sur l'autre, ils conservent jusqu'aux cheveux mêmes l'aspect du modèle, de même aussi la grâce de Dieu commence, dans le baptême, par refaire l'image ce qu'elle était quand l'homme vint à l'existence. Puis, quand elle nous voit aspirer de tout notre vouloir à la beauté de la ressemblance et nous tenir nus et sans préoccupations dans son atelier, alors, faisant fleurir vertus sur vertus et élevant la beauté de l'âme de splendeur en splendeur, elle lui procure la marque de la ressemblance. Ainsi donc le sens intime révèle bien que nous sommes en train d'être formés à la ressemblance ; mais la perfection de celle-ci, nous ne la connaîtrons que par l'illumination. Toutes les autres vertus, en effet, l'intellect, dans son progrès, les reçoit par le sens, selon une mesure et un rythme indicibles ; mais la charité spirituelle, nul ne peut y atteindre s'il n'est illuminé en toute plénitude par le Saint-Esprit. Car si l'intellect ne reçoit parfaitement la ressemblance grâce à la divine lumière, il peut avoir à peu près toutes les autres vertus, mais il reste encore dénué de la charité parfaite. En effet, quand il a été rendu semblable à la vertu de Dieu, autant évidemment qu'il est loisible à l'homme de se rendre semblable à Dieu, alors aussi il porte la ressemblance de la divine charité. De même, en effet, que dans les portraits toutes les nuances fleuries des couleurs, ajoutées à l'image, conservent, jusqu'au sourire même, la ressemblance du modèle, de même aussi, en ceux que la grâce divine peint à la ressemblance de Dieu, l'illumination de la charité, en s'y ajoutant, révèle que l'image a totalement rejoint la beauté de la ressemblance.1

 

Peu à peu, alors qu'elle se rapproche de la ressemblance, la conscience se met au diapason de l'harmonie divine et tout ce qui est étranger à cette harmonie lui apparaît comme nuisible et elle s'en écarte instinctivement, actualisant ce qui est dit dans les Écritures :

 

Je ferai sur vous une aspersion d'eau pure et vous serez purs ; je vous purifierai de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j'enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre Esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes préceptes. (Ez 36 ; 26-27)

 

Autrement dit, à ce point de développement spirituel, le chrétien actualise une Loi complètement intériorisée.

 

Il n'idolâtre rien ni personne, non pas par peur de l'enfer mais parce qu'il possède un discernement inspiré par l'Esprit qui lui permet de mettre chaque chose à sa place, dans le bon ordre d'importance. Or qui a-t-il de plus important que le Dieu Amour ? Qui a-t-il de plus important que de se nourrir à la source d'illumination ? Qui a-t-il de plus important que de se laisser porter par Celui qui est la source du bonheur authentique ? Car le but de l'existence n'est autre que le bonheur. Dieu ne veut pas autre chose pour ses enfants, n'en déplaise aux mines contrites et aux sado-masochistes de la spiritualité. Dieu veut le bonheur, mais le vrai. Pas de celui que donne une satisfaction passagère, vite oubliée, mais de celui qui participe à l'épanouissement de l'âme, à la construction de l'Etre. Dieu veut le bonheur que connait l'âme qui se rapproche de son véritable but : les noces avec Dieu.

 

Il ne commet pas de meurtre non pas par peur de Dieu mais parce qu'il a violemment conscience de la valeur de chaque vie.

Il ne vole pas non par peur de la prison mais parce qu'il respecte profondément autrui.

Il ne ment pas, non par moralisme mais parce qu'il a épousé la Vér300_450_bapteme-christ.jpgité, que le mensonge le dégoûte et qu'il a assez de force intérieure que pour assumer les conséquences de ces actes. 

Il ne commet pas l'adultère et ne trahit pas ses amis, non par pudibonderie mais parce que rien n'est plus précieux à ses yeux que la loyauté et la forteresse d'amour bâtie jour après jour.

 

Pour celui qui actualise cette grâce, l'Amour devient une seconde nature, non, mieux encore... il devient l'Amour, il devient véritablement lui-même, il devient comme Dieu.


1Diadoque de Photicé, Cent chapitres gnostiques, 89 ; SC 5 bis, p 149

Tag(s) : #Théologie et spiritualité

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