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damelalicorne.jpg«  La licorne voudra-t-elle te servir, passer la nuit chez toi devant la crèche ?
Attacheras-tu une corde à son cou, hersera-t-elle les sillons derrière toi ? »
(Job 39, 9-10)

 

« Les licornes dans la Bible ? me dit un jour un ami théologien, certainement une autre manière de nommer les rhinocéros, les buffles ou les cétacés que l'on appelle nerval. »

 

Dans le même ordre d'idée, pour cet ami, les licornes innombrables peuplant nos forêts séculaires sont reléguées au rang de fantasme, d'imaginaire infantile.

 

Certes, d'un point de vue de l'histoire naturelle, les cornes trônant au sommet des cheminées médiévales sont celles de cétacés. Soit pour les cétacés. Pour ce qui est des voyageurs confondant rhinocéros, buffles et licornes, je suis moins convaincu, mais soit. D'un certain point de vue, l'approche naturaliste est légitime et permet de sortir de certaines superstitions. Mais l'adopter à l'exclusif, n'est-ce pas perdre l'essentiel ? Cette vision « réaliste » à l'extrême des choses, toute nourrie de positivisme et de matérialisme ne passe-t-elle pas à côté de la richesse symbolique, poétique voire mystique de l'âme populaire ?

Dans certains textes médiévaux, le Christ est appelé le Fils des licornes, n'est-on pas là en pleine richesse symbolique, archétypale et poétique ? Et cela ne nous permet-il pas de pénétrer en profondeur le mystère de l'Envoyé ?

 

L'imaginaire ne fut-il pas trop souvent bafoué, dénigré, rejeté, relégué dans les bas-fond de la conscience car symptomatique de l'esprit à la dérive et des superstitions obscurantistes ? Je le pense. Et on pourrait croire que le balisage de la pensée est l'apanage de la raison scientifique et de l’extrémisme rationaliste, il n'en est rien.

En Occident, au sortir du Moyen Age, la théologie cesse d'être une prière et une contemplation de l'autre monde pour devenir une science presque mécanique. Elle rejette alors les miracles qui foisonnaient dans l'imaginaire collectif, les forêts enchantées qui étaient l'image du jardin d'Eden et la symbolique si riche des cathédrales. Les dragons qui ne sont plus occis par des chevaliers étincelants se retirent dans les cavernes d'un inconscient inavoué et inexprimé. Exit les contes populaires, les épopées héroïques, les serpents de mer, les fées et tout le petit monde invisible intermédiaire entre le plan matériel et Dieu.

 

En Orient, le manque d'imaginaire est encore plus pattant. Incapable d'imaginer, Byzance s'inscrivit dans une stagnation tant artistique que scientifique, tant spirituelle que politique, provoquant un déclin inexorable et sa chute inéluctable.

En Russie nul auteur de romans d'aventure, de fantastique ou de science-fiction. Point d'Alan Poe, de H.G.Wells, de Walter Scott ou de Shakespeare sur les Terres du Tsar ! Incapable de rêver, de relever la tête au-dessus de la contingence quotidienne, la Russie tomba naturellement sous la coupe des doctrines matérialistes les plus extrêmes avec les conséquences désastreuses que l'on connaît.

 

Pourtant, l'imaginaire est la clé d'une spiritualité saine et foisonnante, la condition d'une vie orientée.

 

C'est par l'imaginaire que l'homme s'ouvre à la créativité (artistique, poétique, spirituelle,...) et c'est cette créativité qui le rend pareil à la Source créatrice dont il est issu.

C'est par l'imaginaire qu'il nourrit sa soif de découvertes et qu'il sort sans cesse des limites de ses connaissances, explorant le monde créé. Or comme quand l'Download-Tar-Ky-Pace--1536x2048.jpgon étudie l’œuvre d'un artiste, on peut appréhender quelque chose de la personnalité de celui-ci, Dieu peut-être approché en étudiant sa Création.

C'est par l'imaginaire que s'exprime l'Esprit inspirant l'homme dans son évolution infinie.

C'est par l'imaginaire que l'homme transforme son monde ou invente des sous mondes, utilisant l'extraordinaire pouvoir créateur que Dieu a placé en lui.


C'est en écoutant le chant des licornes que l'homme accomplit une grande partie de sa nature profonde : celle de créature fait à l'image et à la ressemblance du Grand Rêveur de Mondes. 

Tag(s) : #Art et Culture

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