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sword-of-deliverance2.JPGQuelques instants plus tard, ils sortent du palais. Dans son empressement, l'homme accapare l'attention du souverain qui en oublie de prévenir la garde. S'en rendant compte après être sorti, le roi hausse les épaules.

Ils me reconnaîtront bien quand je voudrai rentrer, pense-t-il.

Après plusieurs heures de marche, les deux hommes arrivent à un village.

- Nous y voilà, dit l'homme mystérieux.

- Ce village ? Je m'y suis arrêté hier. Rien ne me semblait aller mal.

- Allez-y, vous verrez...

Et l'homme invite le souverain à entrer dans le village. Celui-ci s'exécute et se dirige vers la place. Une musique joyeuse l'accueille et il voit le village en liesse pour la naissance d'un enfant. Tout le monde porte des couleurs vives, tout n'est que rires, musiques et chansons.

Lorsqu'ils voient entrer le roi, les villageois froncent les sourcils, étonnés de son accoutrement mais ils ne s'en formalisent pas outre mesure et l'entraîne dans une danse joyeuse et harmonieuse.

- Tu vois étranger, tout va pour le mieux ici...

L'étranger n'est plus l'homme affable en haillon que le roi a accompagné. Il le toise maintenant d'un air narquois et agressif.

Surpris, le souverain s'en étonne.

- Pourquoi tu.... ?

Mais l'homme disparaît sans dire un mot. Pris d'une terrible angoisse, le roi quitte le village et court vers le château. Lorsqu'il arrive devant la herse, il voit ses soldats d'élite monter la garde, armés de leur épée de feu.

- C'est moi le roi, ouvrez-moi !

Les gardes échangent un regard avant d'éconduire cet homme à l'accoutrement étrange.

- Passe ton chemin manant ! Tu n'as pas ta place ici.

- Mais non, vous ne comprenez pas, il n'y a pas de manant dans ce royaume, c'est moi votre souverain !

- Passe ton chemin ou nous te réglons ton compte !

Comprenant que cela ne sert à rien d'insister, le souverain déchu s'en retourne au village. Il raconte sa mésaventure au peuple et on lui offre l'hospitalité.

Il vit là un temps mais comme plus personne ne s'occupe de gérer les terres et d'envoyer les bâtisseurs royaux au bon endroit, la situation du village périclite et bientôt tout le monde doit se mettre au travail, les personnes qui le logent ne peuvent plus subvenir à ses besoins car la famine ne tarde pas à s'installer. Bientôt, la terre finit par ternir la couleur des habits, le rude travail déchire les vêtements et le soucis du lendemain creuse les visages. Se sentant coupable, le roi tente de gérer le problème de l'intérieur, de reprendre ce monde en main. Mais peu à peu, privé de ses conseillers, privé de ses ressources, privé de ses moyens d'action, il ne peut plus grand chose pour aider les gens, pire les décisions qu'il prend semble parfois aggraver la situation. La population le rejette et bientôt il finit comme un pauvre mendiant dans la rue, victime des puces, des tiques et d'une étrange maladie de langueur, nostalgique conséquence de sa gloire perdue.

Dans ces conditions précaires, les souvenirs de sa vie passée ressemblent aux brumes d'un rêve, sa mémoire s’effiloche et il finit par ne plus connaître sa véritable identité. C'est dans cette misère la plus sombre, alors que confronté aux gredins de la pire espèce sa vie n'est plus que survie, qu'un homme vient le voir.

L'ancien roi est frappé par l'apparence de l'homme. Alors que tout le monde porte des vêtements ternes depuis longtemps, les étoffes de cet homme, pourtant aussi simples et pauvres que les siennes, semblent rayonner et éclater comme la promesse d'un jour de soleil.

- Qui es-tu ?

- Tu ne te souviens pas ? demande l'homme.

Il a une voix douce et vaguement familière au mendiant.

- Non... Enfin pas vraiment.

- Je t'ai confié un royaume autrefois, ce royaume.

- Ha bon... C'est possible...Alexandrie

Et soudain tout lui revient, le Royaume, les jours heureux, la ruse de l'homme sombre, la déchéance....

- Je... J'ai tout perdu... J'ai tout gâché, le mendiant fond en larmes.

L'homme pose une main sur son épaule. Et lui parle avec un amour où ne perle aucune condescendance.

- Tu n'as rien perdu. Tu n'a rien gâché. Tu as tout appris. Malgré toi et de la manière la plus rude, tu as acquis une maturité dont je n'osais rêver. Je suis fier de toi.

- Vraiment....Mais tout le malheur dont je suis responsable ?

- C'est triste, mais tu en as tiré les leçons. Viens, suis-moi, nous rentrons à la maison.

Sans se retourner, ils avancent sur le chemin. L'homme guide le roi-mendiant, au loin une douce lumière les appelle comme le fanal guide le navire en détresse.

Tag(s) : #Art et Culture

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