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sacrific.jpgLe sacrifice d'Abraham n'est pas la demande sadique d'un Dieu fou ivre de sang à laquelle répond l'acceptation aveugle d'un fanatique.

 

La Tradition hébraïque rapporte qu'en réalité Dieu n'a jamais demandé de sacrifier Isaac1. C'est Abraham qui aurait extrapolé dans un contexte culturel où les sacrifices humains étaient acceptés. Dieu pourtant ne le détrompe pas et le laisse poursuivre. Une manière de bien marquer le coup afin qu'Israël et les nations du monde comprennent que le sacrifice humain, la religion de mort, est contraire à la volonté du Créateur.

D'autres commentaires font remarquer que par ailleurs, Abraham tout en pensant que Dieu lui a demandé de sacrifier son fils, ne se révolte pas. Or, on sait que les Patriarches juifs n'ont jamais manqué de se révolter contre les décisions divines ou les événements qui leur semblaient injustes. Ici, non.

- Va sacrifier ton fils pense-t-il entendre.

- Ok, pas de problème, répond-il tranquillement.

Mais il dit aux jeunes gens : « nous irons là-bas pour nous prosterner ; puis nousreviendrons vers vous ».

Autrement dit, pas une seconde, il ne pense que Dieu va laisser mourir Isaac. En effet, Dieu lui a promis une descendance innombrable, qui ne peut venir que par Isaac. Or Dieu ne se parjure jamais et Dieu veut notre bien, Dieu ne peut donc laisser mourir Isaac. La confiance du vieux père est totale.

Ce qui n'échappe pas à Saint Paul « Par la foi, Abraham, mis à l'épreuve, a offert Isaac, et c'est son fils unique qu'il offrait en sacrifice, lui qui était le dépositaire des promesses, lui à qui il avait été dit : C'est par Isaac que tu auras une postérité. Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les morts ; c'est pour cela qu'il recouvra son fils, et ce fut un symbole. » (He XI, 17 – 19)

 

Les religieux ont souvent une idées fausse de la volonté de Dieu, répétant à l'envi que l'Homme doit faire la volonté de Dieu et non la sienne propre. Comme si les deux volontés entraient en compétition, comme si Dieu voulait imposer des choses désagréables à l'Homme et que celui-ci se doive de les accepter sous peine de commettre un pêché. Rien n'est plus faux. En réalité, Dieu ne veut pas des marionnettes, ni des esclaves ou des pantins. Dieu veut des hommes libres et debout, des hommes qui soient tellement libres qu'ils puissent faire l'acte de liberté ultime : remettre avec confiance leur liberté entre les mains du Créateur : « Ce qui est à Toi, le tenant de Toi, nous te l'offrons en tout et pour tout » dit la liturgie orthodoxe.

Totalement libre, je ne gaspille pas cette liberté en me rendant esclave de l'avoir ou des plaisirs fugaces mais je remets ma liberté à Dieu qui me la rend aussitôt au centuple. alors naît une relation d'osmose entre la volonté humaine et celle de Dieu qui peut pleinement inspirer à l'individu la créativité nécessaire à l'accomplissement de son existence. Celle-ci devient alors réellement pleine et heureuse.

 

Enfin, il faut signaler que la Tradition reconnaît souvent Saint Michel dans l'ange qui arrête le bras d'Abraham. Quoi de plus normal ? Le Champion de Lumière vient ici arrêter le geste le plus symbolique qui soit de la religion de mort, œuvre de son ennemi satanique. Tout homme et toute femme qui se place sous la protection de l'Archange champion et souhaite œuvrer au sein de son armée et rejoindre le combat se doit de continuer ce geste salvateur.

Arrêter par tous les moyens les manifestations de la religion de mort qui s'insinue partout, dans toutes les Eglises, dans toutes les religions aussi bien que dans l'athéisme combattants, responsable de bien plus de mort que toutes les religions confondues.

 

Nul ne doit mourir sur les autels des idoles, nul ne doit mourir dans la course à l'avoir, nul ne doit souffrir, se sacrifier ou se faire souffrir au nom de Dieu2. Dieu nous soutient dans nos épreuves et nos souffrances, à nous d’œuvrer avec Lui pour que puisse s'épanouir la Vie.muahamad-zaman-sacrifice-d-abraham.png

 

 

1Selon le Bereshit Rabba, Dieu n’a « jamais envisagé de dire à Abraham d'égorger Isaac ». Pour Yona ibn Jannah (Espagne XIe siècle), Dieu ne demandait qu’un sacrifice symbolique et d’après Joseph ibn Caspi (Espagne, début du XIV siècle), Abraham a été induit en erreur par son imagination ; en effet, « comment Dieu pourrait-il ordonner une chose aussi révoltante ? »

2Par contre « Il n'y a pas d'amour plus fort que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » Jn 15 ; 13. Il ne s'agit bien-sûr pas de la même logique. Le sacrifice chevaleresque pour sauver ses proches, ses amis est la manifestation la plus haute de l'amour chez un humain qui fait passer la vie des autres avant la sienne. L'idée étant, dans le christianisme, d'étendre la notion d'amitié à toute l'humanité.

 

 

IMAGES :

 

- DOMENICHINO (Italie, XVIe siècle)

- MUHAMAD ZAMMAN (Perse, Ere Safavide, XVIe siècle)

Tag(s) : #Théologie et spiritualité

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