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marianne.jpegPetite réflexion sur la notion de fraternité inspiré par le livre de Régis Debray, « Le moment fraternité » :

 

La république française lie, dans sa devise, la notion de « Liberté » et d’ « Egalité » à celle de « Fraternité ».  Si on prend les trois termes séparément, on se rend compte qu’il n’implique pas forcément l’utopie qu’on leur prêterait au premier abord. 

En effet, imaginons une société basée uniquement sur la liberté.  La liberté pure, sans frein est le règne absolu de l’ego, chacun fait ce qui lui plait sans aucune restriction.  Dans ce modèle, comme la liberté ne s’arrête pas où commence celle du voisin, les gens les plus expansifs, les plus égoïstes seraient sur le devant de la scène.  Si la liberté est totale, c'est-à-dire qu’il n’y a pas ou peu de lois répressives, on arrive rapidement à un monde « à la Mad Max », où règne l’anarchie totale.  Dans ce modèle, seul régnerait ce que Régis Debray appelle « l’égoïsme des forts ».  C'est-à-dire une société, pas très éloignée de celle que l’on connaît, régie par un libéralisme total et ultime, où plus rien ne protège les faibles (que la faiblesse soit physique, psychique ou économique) car ceux-ci sont condamnés à être détruits par les forts.  

 

Si l’on imagine une société basée sur l’égalité la plus totale, on arrive rapidement à la dystopie communiste poussée à son extrême.  L’égalité nivelle par le bas car il est plus facile de rabaisser un discours que de faire l’effort de se hisser vers des strates supérieures.  Si l’on vivait dans un monde d’égalité pure, on porterait tous les mêmes vêtements, on aurait des goûts formatés pour la grande distribution, on ne penserait plus qu’à l’aulne du plus petit commun dénominateur.  Plus aucune personne ne pourrait faire montre de sa supériorité créative ou intellectuelle, on en arrive au totalitarisme, chacun devant se fondre dans la masse et disparaître parmi la foule indifférenciée de ses voisins. 

 

Ces deux modèles sont, on s’en rend compte, cauchemardesques et bien des aspects de notre société actuelle emprunte aux côtés négatifs de la liberté et de l’égalité.  Bien sûr, il n’y a pas que du négatif aujourd’hui en Occident l’égalité de droit est respecté (du moins en principe) et la liberté d’expression également.

Mais en réalité, seule la fraternité peut amener une synthèse entre les deux.  Car la fraternité est précisément d’accepter la différence de l’autre, voir par delà les apparences pour y trouver ce qui nous unit : notre nature humaine commune.  La fraternité, c’est aussi jouir de sa liberté tout en faisant preuve d’empathie en respectant l’espace vital de l’autre. 

 

Mais le respect ne va pas de soi et la nature humaine n’est apparemment pas suffisante pour cimenter le sentiment de fraternité.  C’est qu’il faut avoir conscience que pour se dire frères (et sœurs), il faut un père.  Or pour éviter des systèmes dictatoriaux à la Staline petit père du peuple, il faut un Père qui transcende les limitations humaines par son Amour absolu, modèle total de Lumière et d’Altruisme.  Dans un monde matérialiste, sans idéaux ni spiritualité, il n’est sans doute pas possible d’instaurer un sentiment fraternel à grande échelle. 

 

Par ailleurs on remarque également que la fraternité existe toujours par une opposition à un ennemi commun.  Celui-ci peut-être de chair et de sang ou spirituel, comme l’ennemi qui cimente les fraternités monastiques.

Bien que beaucoup rêvent d’un monde « peace and love » comme les utopies hippies le proposaient, je pense qu’il est vain de l’espérer sur Terre, ne fut-ce que parce qu’il faudra toujours se battre pour sa survie personnelle ou celle de l’espèce (ne fut-ce que contre la faim, les maladies, etc…).  A moins de faire corps face à une menace extérieure de type extraterrestre ou à moins de subir la contrainte de l’égalité pure, l’humanité sera toujours dans les oppositions d’identités ou dans les conflits d’intérêts.  La guerre est inévitable, ne fut-ce que parce que certains rêvent d’expansion au détriment des autres ou d’uniformisation du monde à leur image comme les tenants du jihad.

 

Je pense qu’il est réaliste et vrai de dire que ce monde en Exil est celui de la guerre, tant individuelle que géostratégique ou spirituelle.

Je ne crois donc pas à une fraternité universelle sauf « forcée » comme dans le cas d’une dictature totale, ce qui est sans doute pire que tout. 

 

Néanmoins, tout doit être mis en œuvre pour étendre la synergie des notions d’égalité, de liberté et de fraternité car si l’idéal ne saurait être atteint, on peut du moins s’en rapprocher.

On peut espérer qu’une certaine idée de fraternité finisse par transcender les identités illusoires (comme cette stupide notion de race) et les identités égocentrées (nationalisme) pour atteindre la conscientisation d’une identité terrienne riche de sa diversité et acceptant pleinement celle-ci. 

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