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Inauguration d'une nouvelle rubrique sur ce blog : Eglise Indivise et Eternelle.
L'unité de l'Eglise est le défi majeur des chrétiens depuis mille ans. Il devient urgent aujourd'hui de réunir ce qui est épart et de rassembler l'ensemble des ouvriers du Christ. Pourquoi plus urgent encore que dans les siècles passés ? Parce qu'aujourd'hui nous vivons dans un monde où les mentalités évoluent à la vitesse de la lumière et que la géopolitique religieuse mondiale fluctue et évolue à la vitesse électrique des transmissions internets. Parce que l'athéisme, s'il a eut la bonne idée de trancher les liens malsains entre l'Eglise et l'Etat, a laissé un vide dans les âmes de nos contemporains. Vide qu'il est urgent de combler de lumière, car quel chrétien peut supporter de voir son frère humain errer dans l'obscurité ?
Urgent aussi la réunion des chrétiens car les chrétiens n'ont plus été persécuté de la sorte depuis Néron. Loin des discours policés, notre communauté souffre. Se joue devant nous, le combat entre les valeurs de Vérité, de Charité et de liberté chrétiennes et les principes obscurantistes dictatoriaux des uns et des autres.
Mais pour illuminer le monde, il faut que l'Eglise exorcise ses propres démons. Toutes ces idées parfois étriquées, parfois condamnatoires, souvent tellement humaines qui encombrent l'esprit des membres du corps du Christ doivent se dissoudre comme les ténèbres au Soleil. Chaque maison chrétienne, chaque branche, doit s'ouvrir aux palpitations du cœur qui bat en elle. Car ce cœur est celui de Dieu, celui de la Vie et celle-ci est Une dans toutes les églises particulières.
Et quoi, faut-il que nous ayons l'esprit à ce point étriqué pour que nous ne puissions pas accepter les différences de nos frères ? Sur le chantier du Temple de Dieu, n'y a-t-il pas place pour des sculpteurs, des forgerons, des contremaîtres, des verriers, des maçons... Tous ont leurs spécificités, leurs manières de faire, leurs traditions, leur identité mais n’œuvrent-ils pas au même ouvrage ?
Dans cette rubrique, je choisirai chaque semaine une ou plusieurs news chrétiennes assorties d'un commentaire plus ou moins long et inspiré. Non dans une perspective d'exhaustivité mais dans l'idée de jeter un éclairage particulier sur le présent et le futur de la communauté des filles et fils de Dieu.
Pour commencer, voici un texte de Bartholomé, Patriarche de Constantinople à l'occasion de la nouvelle année ecclésiale. Texte des plus enrichissants sur les relations entre christianisme et écologie. Dans ce texte, se trouve posé les bases d'une écologie sainte et sacrée.
BARTHOLOMEE
Par la grâce de Dieu
Archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome et
Patriarche OEcuménique
Que la grâce et la paix
De Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ,
Auteur de toute la Création,
Soient avec le plérôme de l’Eglise
Enfants bien-aimés dans le Seigneur,
Aujourd’hui, la grâce de Dieu nous honore, alors que s’ouvre une nouvelle année ecclésiastique, un nouveau cycle de fêtes, à l’intérieur duquel nous puisons aux sources de la bénédiction. Nous sommes ainsi appelés à mener un combat spirituel afin de réaliser la promesse de devenir des Saints, c’est-à-dire « à la ressemblance » de Dieu. Cependant, aujourd’hui, le 1er septembre, premier jour de l’année ecclésiastique, est dédié, à l’initiative du Patriarcat OEcuménique, à la prière en faveur de l’environnement. Une telle décision n’est en rien opposé au début de la nouvelle année ecclésiastique ; il s’agit, avant tout, d’un combat spirituel qui conduit au bon changement de l’homme et contribue à l’amélioration de ses relations avec l’environnement et de la sensibilité de l’homme en faveur de sa protection et de sa sauvegarde.
Ainsi, nous louons aujourd’hui le saint nom de Dieu, car Il gratifie l’humanité du don de la nature, le maintient et le soutient, en tant qu’il constitue l’environnement le plus approprié à l’intérieur duquel l’homme se développe, corps et âme. Simultanément, nous ne pouvons pas demeurer silencieux devant le fait que l’homme n’honore plus, comme il le faut, ce don de Dieu et qu’il détruit l’environnement par avidité, ou encore à des fins purement égoïstes.
Notre environnement est constitué, comme nous le savons, de la terre, de l’eau, du
soleil, de l’air, tout comme de la faune et de la flore. L’homme a la possibilité d’exploiter la
nature pour son propre bien, mais jusque dans certaines limites. En effet, son action doit être
considérée par le prisme du développement durable, de la possibilité de reproduire l’énergie
consommée, de la protection de tous les êtres vivants, des animaux et de la création. En outre, la bonne manière d’envisager l’exploitation de la nature est aussi un commandement de Dieu à l’homme, qui lui fut donné aussi bien avant qu’après la chute. Le franchissement de cette limite, cependant, est malheureusement caractéristique de ces deux derniers siècles de l’histoire du genre humain. Ce phénomène détruit l’harmonie des systèmes naturels de l’environnement, il mène à la saturation et à la nécrose de la création, mais aussi à celle de l’homme, lequel ne peut survivre à l’intérieur d’un écosystème dont l’équilibre a été irrémédiablement détruit. Le résultat d’un tel phénomène s’ouvre sur la prolifération et la propagation des maladies, sur la pollution des denrées alimentaires, conséquences de l’action de l’homme.
De nos jours, il est de bon droit de souligner le sens important des forêts et de la flore en général en faveur de la durabilité de l’écosystème terrestre, de même que celui de la sauvegarde des ressources en eau. Aussi, il ne faut pas sous-estimer la grande contribution des animaux à ce bon fonctionnement. Les animaux ont toujours été les amis de l’homme et répondent à ses besoins, car ils fournissaient et fournissent encore, de la nourriture, des vêtements, des moyens de transport. Ils sont aussi protection et compagnie. Les hommes et les animaux ont des liens très étroits, ainsi que le démontre l’événement même de la création, où hommes et animaux sont créés le même jour (Gen 1, 24-31), ou encore lorsque Dieu ordonne à Noé de sauver du déluge un couple de chaque espèce animale (Gen 6, 19). L’événement est caractéristique. En effet, Dieu montre un soin particulier quant au salut du royaume animal. Dans la vie des Saints, nous découvrons de nombreuses indications s’agissant des excellentes relations entre les Saints et les animaux sauvages. Ces derniers, dans d’autres conditions, ne maintiennent pas des relations amicales avec l’homme. En effet, cela n’est pas dû à leur nature mauvaise, mais bien à la résistance de l’homme à l’égard de la grâce de Dieu et par la suite à sa relation conflictuelle avec les éléments, les animaux et autres êtres vivants de la nature. Par ailleurs, les conséquences de la détérioration des relations d’Adam et Eve à l’égard de leur Créateur influa sur celles avec l’environnement : « le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu te nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est à lui que tu as été pris » (Gen 3, 17-19). La pacification de l’homme avec Dieu implique aussi sa pacification avec les éléments de la nature. Il est évident, en ce sens, que les bonnes relations de l’homme à l’égard de l’environnement se développent quand, parallèlement, ses bonnes relations avec Dieu se développent. Le Synaxaire nous rapporte un événement bien connu de la vie de Saint Antoine le Grand qui, arrivé à l’âge avancé de 90 ans, décida, par l’inspiration d’un ange de Dieu, de s’enfoncer dans le désert et d’aller à la rencontre d’un autre anachorète, Saint Paul de Thybée, afin de recevoir de lui réconfort spirituel. Il chemina pendant trois jours, découvrant des traces de bêtes sauvages, avant de tomber sur un lion. Ce dernier lui fit une calme révérence et conduisit Saint Antoine le Grand à la grotte de Saint Paul, où il le trouva se faisant servir par des animaux sauvages. Un corbeau lui apportait son pain quotidien ! Le jour même de la visite de Saint Antoine le Grand, il déposa une double ration pour lui et son visiteur ! Ces Saints, qui avaient développé de bonnes relations avec Dieu, eurent les même relations avec tous les animaux de la nature. Cette création des bonnes relations à l’égard de Dieu doit constituer notre principale préoccupation, et dans cette perspective nous devons replacer nos propres relations avec le monde animal, végétal et l’ensemble de l’environnement inanimé. Ainsi, l’amour des animaux n’est pas événement social stérile de sympathie pour nos animaux bien-aimés, souvent accompagnés malheureusement d’insensibilité pour les souffrances d’autres hommes, qui sont eux à l’image de Dieu, mais le résultat de nos bonnes relations avec le Créateur de toute chose. Que le Créateur de tout bien, de l’univers et de la terre, de son écosystème, soit pour nous tous une source d’inspiration afin que nous nous comportions de manière miséricordieuse envers tous les éléments de la nature, avec un coeur charitable à l’égard de tous : hommes, animaux et végétaux. Car comme le disait Saint Isaac le Syrien répondant à cette question : « Qu’est-ce qu’un coeur charitable ? » « Un coeur charitable est un coeur qui bat pour toute la création, pour les hommes, pour les oiseaux de proie, pour les animaux et pour l’ensemble du créé. Les larmes coulent à leur mémoire et à
leur souvenir. A cause de la grandeur de sa charité, son coeur se serre et il ne lui est pas possible de supporter, ou d’entendre, la plus petite souffrance ou la moindre chose se produisant dans la création » (Saint Isaac le Syrien, Traité Ascétique, 81). C’est avec cet esprit de compassion pour toute la création que nous honorerons le don que Dieu nous a fait en tant que chef de la création, en montrant une affection paternelle pour tous ses éléments, lesquels nous obéiront après avoir senti nos propres dispositions bienveillantes. Ils répondront alors avec philanthropie et serviabilité à nos besoins.
SOURCE : ORTHODOXIE.COM