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index.jpgL'ethno-psychiatre Tobie Nathan nous livre ici une conférence des plus intéressante. L'Afrique populaire dans sa grande majorité a su garder intacte la connaissance traditionnelle relative aux esprits (djinns). Partout, on les retrouve tantôt bienveillants ou malveillants, discrets ou envahissants, chaque esprit a son mode de vie, ses coutumes, ses goûts et ses attentes. Il existe une gnose qui permet de régler les relations entre la communauté humaine et la société des esprits. Cette gnose est transmise par trois classes de personnes : les exorcistes, les initiés et les sages. Les premiers sont, au dire de l'auteur, ceux capables de régler le moins de situations. Plus intéressés par établir le pouvoir de leur institution, ils ne cherchent pas à connaître les esprits et se contentent de les chasser sans les comprendre et ce, avec des résultats mitigés.

Les seconds sont des groupes, comme les gnawas, qui se transmettent des connaissances depuis des temps immémoriaux. Ces connaissances secrètes ne sont accessibles que via l'initiation et permettent de tisser des liens entre les habitants de l'autre monde et la communauté.

Enfin, les sages qui sont des individus résidant en partie dans ce monde, en partie dans l'autre. Pour ces hommes et ces femmes tout à la fois adulés, craints et honnis, le monde des esprits n'est pas une réalité abstraite mais bien concrète, certains allant même jusqu'à sceller des alliances ou fonder une famille dans l'autre monde (?!?).

Ceux-là ont une connaissance très profonde du monde invisible qui nous entoure mais le prix à payer est parfois très lourd allant jusqu'à la maladie ou la folie.

L'auteur est spécialisé dans l'Afrique mais on ne peut s'empêcher de penser aux autres continents, notamment l'Europe où le monde des esprits fut longtemps sous-jacent (elfes, fées).  On peut regretter que les connaissances y afférent ait été reléguée dans l'inconscient.  Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que la chape de plomb de l'Eglise disparaissant, l'intérêt pour ce type de connaissance revient à la surface.

C'est évident, commente le psychiatre, tisser une relation saine avec l'autre monde, c'est entretenir une relation saine avec notre environnement, c'est aussi comprendre et assainir le psychisme. Pour l'auteur, nos villes modernes ne sont pas vides d'esprits, au contraire, jamais leur nombre et leur diversité n'a été aussi grande. Leur ignorance est peut-être l'une des raisons pour lesquelles le nombre de maladies psychiques n'a jamais été aussi important. Dont acte.

 

Tobie Nathan, Penser l'invisible, Gallimard

Tag(s) : #Coin lecture

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