Partager l'article ! Une chevalerie au XXIe siècle ? Actualité d'un idéal (1/6): Je suis un incorrigible romantique et l'image, l'archétype du chevalier reste ...
Je suis un
incorrigible romantique et l'image, l'archétype du chevalier reste pour moi l'une des accomplissements majeurs de la pensée chrétienne.
De plus en plus de personnes dans le monde chrétien semblent s'intéresser à nouveau à l'esprit chevaleresque. Qu'on se passionne pour la littérature de chevalerie,
qu'on étudie les ordres disparus comme les templiers, qu'on fasse de la reconstitution médiévale ou qu'on s'implique dans les activités d'ordres vénérables subsistant depuis le Moyen Age comme
l'Ordre de Malte et l'Ordre du Saint Sépulcre, la chevalerie semble fleurir de toute part dans notre monde moderne.
Certes, on pourra dire que le chevalier historique fut la plupart du temps un soudard, un pillard ou le bras armé d'une institution ecclésiale plus soucieuse de
protéger ses avoirs que de guider les âmes vers le Royaume. Déjà le grand théoricien de la chevalerie Raymond Lulle se plaint au XIIIe siècle des mœurs des chevaliers de son temps qui sont,
dit-il, « injuste, belliqueux, aimant le mal et les troubles. ». Certes. Néanmoins, l'image et l'idéal demeure.
Et plus que jamais, le monde a besoin de personnes puisant leur force à la Source Suprême de l'Esprit Saint afin de se dresser contre les démons du monde et
défendre la veuve et l'orphelin. Plus que jamais la Lumière a besoin de champions.
Dans ce monde désenchanté, on voit que la figure du chevalier connait d'ailleurs un succès croissant dans l'imaginaire et l'inconscient populaire. Il suffit
de voir le succès mérité du Seigneur des Anneaux, des Chroniques de Narnia, du Trône de Fer et autres romans de fantasy qui exaltent la figure du défenseur des faibles au nom des principes les
plus haut. Dans un autre style, les héros de comics américains tiennent beaucoup de cet esprit chevaleresque. Le succès de ces romans, parfois dignes successeurs des romans
arthuriens, montre le désir d'une large frange de la population de retrouver les repères archétypaux sans lesquels nous ne sommes que des plumes ballotées par le vent du relativisme.
Mais y a-t-il une place dans notre monde pour une vraie et active chevalerie ? Loin d'être anecdotique, loin d'être enfantin, le chevalier est l'une des
expressions majeures de la Lumière chrétienne. Il fut un temps où l'Eglise considérait l'adoubement comme le huitième sacrement.
Au départ corps d'élite des armées séculières, le chevalier va être sanctifié par l'Eglise. De soudard, le chevalier va se convertir et devenir le défenseur
de la foi et de la Vérité, de la Justice et du Bien.
Soldat au service du Christ, le chevalier possède la foi et le courage pour s'ériger contre toutes les injustices, pour se mettre au service des autres, pour
combattre pour le Bien et non pour des privilèges, prêt à miser sa réputation ou à donner sa vie s'il le faut.
Pour Chrétien de Troye, la chevalerie est un Haut et Saint Ordre créé par Dieu au même titre que l'Ordre des Prêtres. Car n'oublions pas que tout homme est
par so
n baptême roi, prêtre et prophète. La chevalerie ressort donc de la fonction royale inhérente à la nature
humaine. Dans le roman « Lancelot du Lac » (1230), on voit d'ailleurs la Dame du Lac enseigner à Lancelot qu'il n'y a dans la chevalerie aucune distinction de rang ni de
noblesse mais une élection de ceux qui ont la force du Saint Esprit afin qu'ils utilisent cette force intérieure pour défendre les faibles, le Bien et la Vérité. (à
suivre...)
Hé, hé, vous avez enfourché votre fringant destrier à ce que je vois ! C'est bien. ;-)
Permettez-moi du coup de partager avec vous un texte que j'affectionne particulièrement et qui s'intitule :
"Chevalier, souviens-toi de tes devoirs"
Donner à boire et à manger à ceux qui ont faim,
Donner des vêtements à ceux qui en ont besoin,
Soigner les malades,
Racheter les captifs,
Visiter les prisonniers,
Loger les pauvres et les voyageurs,
Ensevelir les morts.
Instruire les ignorants,
Convertir les pécheurs,
Consoler les affligés,
Conseiller ceux qui en ont besoin,
Supporter les défauts d'autrui,
Pardonner à ses ennemis,
Prier pour les morts et pour les vivants.
Demeurer fidèle à Dieu,
Désirer le Bien,
Rechercher le Beau,
Soutenir l'Equité,
Ensemencer la Joie,
Apporter la Paix,
Donner l'Amour.
Les deux premières séries (vous les aurez sans doute reconnues) sont les oeuvres de miséricorde (oeuvres corporelles et oeuvres spirituelles). La troisième série est de mon cru. Appelons-la comme on voudra (les mots n'ont qu'une importance mineure finalement). Ce qui est sûr en tous cas, c'est que le double tranchant et surtout la pointe symbolique de l'épée (l'obéissance) s'affûtent sacrément à la pratique de ces oeuvres-là.
Et quand on regarde autour de soi, attentivement, avec confiance, avec le coeur, on s'aperçoit que, finalement, il y a pas mal de chevaliers près de nous.
En d'autres termes, c'est par la puissance d'amour de notre propre regard que nous adoubons en réalité notre prochain, notre frère.
Bien fraternellement.
Oui, mon palefroi se languissait dans son écurie par ces froides nuits d'hiver. Voilà que je l'enfourche et que j'ai le plaisir de partager mes périgrinations. Merci pour ce texte enrichi de votre belle réflexion !
J'aime à penser qu'il y a effectivement pas mal de chevaliers près de nous ! ;-)
Encore un grand merci pour vos interventions.
Bien fraternellement et amicalement.
Je crois que l'aspiration à la chevalerie est très répandue dans l'inconscient collectif occidental pour diverses raisons sociologiques et spirituelles. En conséquence de quoi, comme vous le dites, certaines expressions de ce désir se manifeste parfois sous forme de sociétés d'opérette qui, pour reprendre les mots de Jacques Brel, "veulent avoir l'air mais ont pas l'air du tout"
A chacun d'user de son esprit de discernement :-)
Non, je ne crois pas qu'il faille oublier l'aspect militaire de la chevalerie. Celle-ci faisait intrinsèquement partie de son identité de combattant et lui donna sa noblesse d'arme. Sans ces guerriers d'élite qu'était la chevalerie, la chrétienté aurait sans doute été balayée.
Mais alors aujourd'hui ? Dans notre société post moderne du XXIe siècle, quel est le sens de cet aspect guerrier et chrétien ?
Ha ! Merci mon frère, tu m'apprends là quelque chose d'intéressant et que j'ignorais, à savoir l'influence de l'Ordre de Malte sur cette grande figure de l'ésotérisme. Merci.
L'état chevaleresque est un "état d'âme" au sens noble, ce qui se produit lorsque l'âme, ce palefroi fougueux, est dirigée, bridée et guidée par l'esprit. Sans quoi elle galope au hasard.
On "est" chevalier lorsqu'on veut l'être, c'est-à-dire qu'on mobilise et transcende les qualités, disons mieux : les vertus, qui "font" le chevalier. C'est cela qui fait la différence entre le soudard et le "soldat" (du Christ).
C'est cela aussi qui fait la différence au sein de l'ordre des CBCS : certains sont de tout leur être des chevaliers (de la foi), les autres des chevaliers d'opérette. Rien ne les distingue extérieurement - sauf leur comportement. Certains veulent à tout prix devenir dignes de leurs armes, c'est-à-dire leur blason ; pour d'autres c'est un simple motif ornemental.
Il ne faut pas s'en indigner, la société humaine est ainsi faite. Une société exclusivement constituée de "purs", cela n'existe pas.
Court mais riche ;-)
Tout à fait d'accord avec votre développement. N'est pas chevalier celui qui en porte le nom ou s'en affuble mais celui veut l'être avec tout ce que cela comporte de discipline, de purification et de tension vers le Christ.
Non seulement une société exclusivement constituté de purs n'existe pas mais il serait très dangereux de le croire (orgueil, conception légaliste de la pureté, etc...)