Réflexions sur le chemin

Lundi 16 août 2010 1 16 /08 /2010 13:40

rosetti-anonciation-copie-1.jpgD’Occident à l’Orient, on fêtait hier Marie, Mère de Dieu.  Et s’il est vrai qu’il existe certaines différences doctrinales entre l’Orient et l’Occident, on s’accorde à reconnaître que Marie n’eut pas la même fin terrestre que le commun.  Ce jour du 15 août commémorant son enlevée au ciel (catholique) ou sa dormition dans le sein du Seigneur (orthodoxe) est une occasion de tourner nos pensées et nos prières vers celle qui fut l’origine de la salvation terrestre.  Rappelons en effet que Dieu n’impose pas à Marie de L’abriter en son sein et de donner naissance à Jésus, il propose par l’intermédiaire de son ange Gabriel et Marie accepte par sa libre volonté (Luc 1 ; 26 – 38).

 

Cette décision libre va changer le cours de l’Histoire des hommes en y faisant entrer Dieu vêtu d’un corps de chair.  Qu’on croit à l’Immaculée conception (doctrine catholique qui fait de Marie, un être à part non touchée par la séparation de l’Homme avec Dieu) ou qu’elle fût une humaine comme les autres, il est certain que le fait que Marie ait porté l’Incarnation de Dieu, l’ait élevé, fréquenté et soutenu jusqu’à la Croix a éveillé complètement son âme.  Les circonstances particulières de son départ montre là une femme pleinement réintégrée dans la dignité première de l’Humanité et régnant à présent sur l’Univers en sa qualité de Reine des Anges.

 

Il faut parfois rappeler cette fonction souveraine de celle qui fut la Mère de Dieu sur Terre.  Fonction souveraine et simplicité extrême, telles sont les caractéristiques de la Plus Noble Dame de la Création qui par sa seule présence jette la peur dans le cœur des démons (tout bon exorciste se doit d’avoir une proximité avec Marie afin de se prémunir de l’aura du mal).

Mais loin d’être une Souveraine inaccessible, Marie est une reine à l’écoute de ses frères et sœurs humains dont elle partagea la vie.  Toujours prête à rassurer, toujours prête à intervenir en faveur de tous, elle est la Mère protectrice et la Sœur consolatrice par excellence. 

 

L’Occident comme l’Orient ont tous deux célébrés la Dame Céleste par des chants faisant vibrer l’âme : le Salve Regina pour l’Occident et l’Agni Parthene pour l’Orient.  Je les partage aujourd’hui avec vous et y joint la traduction des paroles :

 

Salve Regina

 


 

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre consolation, notre espoir, salut !

Enfants d'Ève exilés (sur terre), nous crions vers vous ;

Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.

Avocate, tournez vers nous vos yeux compatissants.

Et, après cet exil, faîtes-nous voir Jésus, le fruit béni de vos entrailles.

Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie ! Amen.


 

Agni Parthene

 

 


 

1

Ô Vierge Pure, Souveraine, Immaculée et Mère de Dieu.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Ô Vierge Mère Reine, Toison couverte de rosée.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Plus élevée que les cieux, plus brillante que le soleil.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Ô joie des vierges surpassant les chœurs angéliques.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Plus splendide que les cieux, plus pure que la lumière.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Plus sainte que les multitudes des armées célestes.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

2

Marie toujours Vierge, la Souveraine de l'univers.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Épouse Vierge Immaculée, très sainte Reine toute pure.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Marie Épouse Souveraine, la Source de notre joie.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Ô jeune Vierge vénérable, très sainte Mère Impératrice.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Plus vénérable que les Chérubins et combien plus glorieuse

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Que les Séraphins incorporels.

Plus élevée que les Trônes.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

3

Réjouis-Toi, chant des Chérubins. Réjouis-Toi, hymne des Anges.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Cantique des Séraphins. Réjouis-Toi, joie des Archanges.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Réjouis-Toi, Paix et Joie. Réjouis-Toi, Port du Salut.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Du Verbe sainte Chambre nuptiale, Fleur d'incorruptibilité.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Réjouis-Toi, Paradis de joie de l'éternelle vie.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Réjouis-Toi, Arbre de vie et source d'immortalité.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

4

Je Te prie, ô Souveraine, je t'invoque maintenant.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Je Te prie, ô Reine du monde, j'implore Ta grâce.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Ô Vierge pure, vénérable, très sainte Souveraine.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Avec ferveur je Te supplie, ô Temple sanctifié.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Secours-moi, délivre-moi de celui qui me fait la guerre.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Et fais de moi un héritier de la vie éternelle.

Réjouis-Toi, Épouse inépousée

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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /2010 12:48

schuon.jpg Comme le fait remarquer Frithjof Schuon, il faut prendre garde de ne pas confondre le Christ historique avec le Christ Cosmique.  Le premier est le personnage, rabbi Yechoua, à la fois homme et Dieu ayant vécu près de Jérusalem, il y a deux mille ans de cela.  Le second est Logos présent en tous lieux et à tout instant depuis le commencement de la Création.  Or le Logos, unique par définition, comporte précisément d’autres manifestations possibles.

 

Dépassant le paradigme exclusiviste et inclusiviste, Schuon fait remarquer que : « une perspective religieuse, si elle peut être contestée ad extra, c’est-à-dire selon une autre perspective religieuse, relevant d’un aspect différent de la vérité envisagée, n’en est pas moins incontestable ad intra, en ce sens que, pouvant servir de moyen d’expression de la vérité totale, elle en est la clef. » (Schuon, De l’unité transcendante des religions, 1948, p136)

 

Selon ce point de vue, la vérité que transmet et que porte le christianisme n’est pas au-dessus des autres ou une autre religion comme les autres. 

Selon ce paradigme, le Christianisme se nourrit à la Source de la Vérité car la vérité du christianisme est celle absolue et universelle du Logos reçue d’une manière particulière et circonscrite dans l’événement historique de Jésus-Christ.

La spécificité du christianisme est dans son affirmation que la réalité transcendante de Dieu s’incarne dans l’humanité concrète de Jésus apparaissant en mode humain sans se confondre avec lui parce que celui-ci est un mode humain.

 

J.Rousse Lacordaire fait remarquer à la suite de Claude Geffré que « Le mouvement kénotique de l’Incarnation et de la Passion, qui conduit à la Résurrection, n’absolutise aucune particularité, serait-ce celle du Jésus historique.  La kénose achève cette particularité ; et la Résurrection marque son passage à une signification universelle pour ceux qui la reconnaissent et y voient le centre de l’histoire du salut.  Le particulier devient apte à signifier la transcendance quand il renonce à être l’absolu, qu’il refuse à être une idole, et manifeste ainsi la distance. »

 

En réalité particulier s’oppose à universel, mais singulier désigne ce quoi l’universel peut habiter ou se fonder.  Le sacrifice d’une particularité est la condition d’accès à une universalité réelle qui ne nie pas la singularité concrète mais l’ouvre à une transcendance qui n’exclut aucune autre singularité.

En ce sens, conclut Lacordaire, il n’y a pas d’universel particulier mais il peut y avoir un universel singulier. 

 

En conclusion, pour Schuon et ceux qui perpétuent sa pensée, « la Tradition Primordiale est celle du Logos et le chrétien peut s’engager radicalement dans sa propre tradition chrétienne, dans l’affirmation de l’unicité du Christ tout en affirmant la dépendance de la révélation chrétienne à une tradition dont la primordialité est d’être non pas au début mais au principe, d’être non pas anhistorique mais transhistorique et métahistorique, puisque présente sous des aspects différents en toute tradition qui en dépend.  La tradition chrétienne ne serait donc pas une forme particulière de la tradition parmi d’autres et strictement équivalentes à elles ; elle en serait une forme singulière, en relation économique aux autres, appelant intrinsèquement cette relation parce qu’en Jésus s’est réalisé le sacrifice de la particularité. » (Rousse Lacordaire, Esotérisme et Christianisme, p251)

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Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /2010 18:06

Edward_Burne-Jones_Star_of_Bethlehem.jpgPourquoi, certains auteurs traditionnalistes affirment que le christianisme (et non le catholicisme) est au dessus des autres religions ?

 

Parce que qu’il est la religion du Christ et n’est donc pas une religion comme les autres.  En effet, de deux choses l’une : soit le Christ était un homme, très sage, initié aux arcanes de la science thaumaturgique et dont la résurrection fut inventée par ses disciples, soit Jésus Christ était Dieu incarné, envoyé conscient de la Source (ce qui n’enlève rien à ses qualités de sage et d’initié à la thaumaturgie, au contraire).

Dans le premier cas, Saint Paul avait déjà compris que « Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés et si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes ».  Bref, si le Christ malgré ses qualités d’homme n’était qu’un Prophète comme les autres, le Christianisme n’est rien de plus qu’un judaïsme en perdition.

 

Dans le cas contraire, et c’est la foi ou mieux encore l’expérience personnelle du Christ Jésus qui fera la différence d’approche, il est évident que la tentation est forte de faire du christianisme l’expression parfaite de la Tradition puisque centrée sur Dieu incarné.  En effet, si Jésus est Dieu incarné, cela veut dire que le cœur même de la Création, l’Alpha et l’Oméga de l’Univers et de l’Homme, la réponse à toutes les questions, bref la Tradition Primordiale dans sa forme la plus pure, marcha à nos côtés et continue d’être présent comme au premier jour pour ceux qui s’ouvrent à Lui.

 

Sans doute faut-il alors distinguer le cœur du christianisme qui est Christ, des formes particulières de cultes qui lui sont rendus.  Catholicisme, Protestantisme, Orthodoxie, Pentecôtisme et même Rastafarisme et Santeria ne sont que des formes particulières, des vêtements particuliers modelés par l’homme pour habiller la Lumière divine sans cela ineffable.  Aucun de ces vêtements ne peut revendiquer être le reflet parfait de la Lumière qu’il habille car, cousus de mains imparfaites d’homme, ces manière de dire Dieu sont forcément finies et limitées.  Elles possèdent toutes certaines qualités mais toutes sont également dans la finitude et expriment certains travers (voire parfois certaines tares) bien typiques de l’être humain. 

 

On peut (et même on doit) aller plus loin dans le raisonnement.  Le Christianisme traditionnel a fort insisté sur l’aspect historique du Christ, souvent au détriment du Christ Cosmique.  Or les deux aspects sont primordiaux.  D’abord l’aspect historique pour bien conscientiser que l’histoire du Christ est réelle, elle n’est pas mythologie même si elle possède indéniablement un aspect mythique. 

Dieu a réellement marché parmi nous ! Dieu s’est réellement incarné dans un corps humain, montrant son amour pour l’Humanité, partageant toutes les vicissitudes de notre condition actuelle d’homme.  C’est important de le souligner.

Or, non moins important est cette notion du Christ Cosmique.  En s’incarnant dans Sa création, Dieu a non seulement partagé la condition humaine, mais également partagé la condition de l’Univers dans son ensemble.  Le Saint Sang, lors de la Crucifixion abreuva la Terre et sanctifia l’entièreté du plan matériel et ce d’une façon à la fois historique mais aussi métahistorique. 

Car si l’Incarnation marque à jamais historiquement un événement de portée cosmique, cet événement, ou plutôt la sanctification qu’il implique est présente dans l’Univers depuis sa création comme le rappelle le prologue de l’Evangile de Jean :

 

Au commencement était le Verbe,

et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement tourné vers Dieu.

Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. (Jean 1 ; 1-3)

 

(à suivre…)

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Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /2010 00:32

aldous-huxley.jpg S’il m’est permis de donner mon sentiment sur ce qui précède concernant la Tradition Primordiale, je dirais que j’écarte immédiatement la deuxième conception de cette notion.


La tentation exclusiviste qui oppose la vérité du christianisme à l’erreur des autres religions ne peut qu’être le fait d’hommes arides, bornés, fanatisés, mus par un cœur sec, prisonniers d’un appareillage conceptuel rigide et avides de garder leur pouvoir.  La Tradition est la Vie et la Vie ne peut-être définie par la théologie et par un désir d’exclusivisme, car la Vie est multiple et infinie dans ses expressions. 


Reste la façon des Renaissants de l'Académie de Florence et la manière d'Aldous Huxley (photo) d’envisager les choses. 

Je pourrais être tenté par la dernière.  Comment ne pas être séduit par la notion d’universalité de la Tradition ?  Finalement, ce qui nous unis en tant qu’être humain, n’est ce pas notre capacité à penser le divin, des plaines amérindiennes au Mont Saint Michel ?  Pourtant, quoique je ne l’écarte pas complètement, l’approche d’Huxley me parait mener vers un syncrétisme radical qui ne peut conduire qu’à un confusionnisme total.  En effet, l’interprétation de l’expérience mystique n’est-elle pas aussi importante que l’expérience elle-même ? Parce qu’elle tente de parler de l’indicible, la conceptualisation de l’expérience ne peut se faire en dehors des cultures où elle éclot et des repères propres à celle-ci.  Ainsi là où le chamane parlera de Grand Esprit, le chrétien parlera d’Esprit Saint, le bouddhiste de Lumière d’Eveil et l’Occidental non chrétien d’Energie Cosmique.  Mais au-delà du fait de nommer l’expérience et de parvenir à la conclusion évidente que tous ont, du bout de l’âme, touché la même Source, chacun n’aura-t-il pas besoin des outils conceptuels de la culture dans laquelle il baigne afin d’aller plus loin dans son vécu ? 


Or ces outils, qu’ils soient bouddhistes, chrétiens, kabbalistes ou chamaniques, n’ont-ils pas acquis, au fil des millénaires, une cohérence interne qui permet à l’esprit de prendre appui sur l’expérience vécue afin de remonter la pente vers la Source de l’expérience. 

Cohérence qui pourrait perdre si elle était mixée avec une autre logique, une autre cohérence.  

La vision du sommet de la montage donne l’impulsion pour en gravir le sommet, aventure qui ne peut être couronnée de succès que muni des outils et d’une carte et d’une boussole sûre.  Mélanger les sentiers est la meilleure façon de se perdre ou d'atterir dans un ravin.  

 

 

Reste l'approche de l’Ecole Néo-platonicienne de Florence qui, comme le signale Rousse Lacordaire, « voit dans le christianisme la forme définitive et accomplie de ce que les autres traditions ont de vrai et de bon.  L’opposition est ici entre la perfection du christianisme et l’imperfection des autres traditions. »  Ficin, Mirandole et les tenants de cette vision pensaient que les éléments positifs des traditions non chrétiennes étaient en fait des éléments, certes obscurcis par les âges, mais des éléments implicitement chrétiens provenant de la révélation adamique…

 

Tout en accordant une certaines valeurs aux traditions non chrétiennes ou païennes, les néo-platoniciens renaissants restent dans la perspective d’accorder une prééminence au christianisme.  Est-ce par pur religio-centrisme, ma religion est supérieure parce qu’elle est la mienne ou il y a une autre raison à cela ?... (à suivre)

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Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /2010 15:29

Pic-de-la-Mirandole.jpeg Dans le monde de l’ésotérisme, on parle souvent de Tradition Primordiale ou de Philosophia Perennis si l’on se sent d’humeur latinisante.  Encore faudrait-il savoir de quelle Tradition l’on parle.  En effet, il y a plusieurs manières d’envisager cette notion de Philosophie Pérenne :

 

 

 

La notion, portée par l’érudit Agostino Steuco dans ses ouvrages dédiés au Pape Paul III, consiste à voir dans les sagesses antiques une expression de la Gnose ou Connaissance divine.  Ainsi, tant chez Platon, que dans toutes les grandes civilisations antiques, se trouveraient des traces de la révélation première faite à Adam par Dieu.  Cette connaissance serait plus ou moins apparente et plus ou moins cachée sous des couches de superstitions selon le lieu et l’époque.  Mais elle aurait survécue de génération en génération jusqu’à l’apparition du Christ, incarnant à lui-même la perfection de la Gnose.  Pour Steuco, Marcile Ficin, Pic de la Mirandole et leurs successeurs, la religion chrétienne est l’expression la plus parfaite des connaissances spirituelles.  Comment, en effet, imaginer qu’on puisse faire mieux que Dieu incarné sur Terre.

Néanmoins, avant son incarnation, Dieu n’est pas resté muet.  Il a parlé au travers de ses prophètes certes mais aussi de certains oracles, mages ou philosophes de monde païen.  Aussi l’étude des philosophies l’ayant précédé (ou de celles éloignées géographiquement) permet d’apporter un autre éclairage sur la Lumière Christique, elles consolident la Révélation en la précédant, et lui servant de fondations.  Dans cette conception, le christianisme a une prééminence et une excellence indéniable, il est la Tradition.

 

 

 

Le néo-thomisme est ce courant très rationnel que l’on trouve dans l’Eglise.  Basé exclusivement sur Aristote et surtout Saint Thomas d’Aquin, le néo-thomisme récuse toute influence platonicienne et se méfie grandement de l’expérience mystique.  Pour ce courant, il est absolument exclus que les sagesses antiques puissent prendre par à la Révélation sauf éventuellement si elles corroborent les deux auteurs cités.  Saint Thomas est le point culminant de la Tradition et rien ne pourra jamais dépasser la compréhension du Docteur Angélique.  La raison discursive trône au sommet de la Philosophia Perennis des néo-thomistes.

 

 

 

Pour l’auteur du meilleur des mondes, la Tradition Primordiale se trouverait en chacun par son interconnectivité avec l’Univers.  La Tradition est universelle car l’expérience mystique est universelle, il ne serait être question de la subordonner à une tradition particulière.

Dans cette conception, chaque tradition porte en elle la possibilité de l’expérience mystique et spirituelle, seule véritable réalité.  Au final, la Tradition Primordiale n’est rien d’autre que l’expérience mystique elle-même.

Par Galahad - Publié dans : Réflexions sur le chemin - Communauté : Franc-Maçonnerie&Spiritualité
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 14:51

pandorahalf.jpgAvec un peu en retard, j’ai cédé au terrible phénomène qu’est Avatar.  Pourtant grand amateur de science-fiction, d’aventure et d’imaginaire, j’allais un peu avec des pieds de plomb : les bandes d’annonce me laissaient penser qu’allait se dérouler sous mes yeux une histoire simpliste avec d’une part les méchants colons et d’autre part les gentils écolos au mode de vie hippie.

 

Je fus surpris.  Dès les premières minutes, je fus scotché à mon siège, plongeant littéralement dans le monde et l’histoire sans plus me poser aucune question.  Passons les qualités esthétiques et cinématographiques du film, le jeu des acteurs et les effets spéciaux qui rappellent que pour le spectacle et l’art visuel, il fait bon vivre au XXIe siècle. Passons également l’efficacité des scènes d’action et l’extraordinaire intelligence et cohérence du monde qui font de ce film un chef d’œuvre du cinéma SF.  Passons tout cela qui fait que ce film mérite amplement son succès et son battage médiatique…

 

L’Eglise de Rome engluée depuis des siècles dans ses conceptions ultra-transcendantes et qui aurait pour une énième fois gagné de se taire, n’a pas manqué de critiquer le film montrant qu’il y a là un enjeu cosmologique qui dépasse le 7ième Art.

Et effectivement, il y a bien un message spirituel dans Avatar.  Car, c’est une fois encore les rapports au monde, à la Nature et à l’écologie qui se jouent là.  Les Na’vi, population indigène habitant la planète Pandora ont un mode de pensée et de spiritualité que nous avons perdu, il y a bien longtemps de cela : la conscience de l’âme du monde.

 

Si l’on devait classifier la spiritualité, on pourrait dire que grossièrement, il y a trois manières d’envisager les rapports entre le Divin,  l’Homme et la Création en spiritualité.    

 

La première est celle des cultures premières et chamanique, c’est le panthéisme qui consiste à mettre l’accent sur une immanence absolue : les pierres, les arbres et les sources sont autant de dieux dont il faut s’attirer les faveurs par des offrandes ou des sacrifices.  Dieu est le monde, sorte de super-conscience cosmique n’existant pas en dehors d’un univers infinie qui ne peut pas être qualifié de « Création » puisque dans la conception panthéiste, le monde existe de toute éternité.  Chaque partie du réel, visible ou invisible, est une parcelle de cette superstructure immanente, un peu comme une cellule ou un neurone d’un cerveau infini.  Dans cette conception, souvent, nul être n’a plus d’importance qu’un autre puisque chacun fait partie d’un Tout vivant.

  

La seconde manière de voie les choses, est celle de la partie légaliste des monothéismes.  Elle consiste à ne voir dans la Nature qu’une nature froide et morte sans aucune signification sacrée, création d’un Dieu lointain et absolument transcendant.  C’est ce que Mohammed Taleb appelle le « dualisme ontologique » qui consacre cette distance infinie entre le divin et le monde.  Soit dit en passant, c’est cette conception tout vaticanesquement officielle qui fut à l’origine du désenchantement du monde et du peu d’attention écologique au cours des siècles passés comme montré en 1967 dans l’article de Lynn White, The historical roots of our ecological crisis.  En effet, selon cette approche, l’homme habite un monde froid et mort qu’il lui faut faire plier pour sa propre survie.

 

La troisième manière d’envisager les choses est le panenthéisme, c’est la façon de voir de l’hermétisme chrétien qui se situe entre les deux conceptions précédentes (Grégoire Palamas, Maxime le Confesseur, Scot Erigène, Paracelse, Swedenborg, Steiner, Boehme ainsi que les Kabbalistes, etc…).  Mais cette façon de voir fait également le pont entre différentes cultures puisque de nombreux auteurs soufis (Ibn Arabi, Avicenne, Abd-el-Kader) et de nombreux auteurs antiques (Plotin, Jamblique, Proclus) partagent ce point de vue.  En quoi consiste-t-il ? Ici la nature est vivante, habitée par les créatures qui la composent et par un grand souffle de Vie issu de Dieu.  Les étoiles, les arbres, les rivières et les animaux ont une âme, un esprit, une profondeur et une intériorité tout comme l’homme.  Dieu a créé le monde mais est présent partout, invisible.  Il se trouve en dehors de Sa Création certes mais aussi présent en elle et s’exprimant par elle.  Cette Nature qui exprime le divin est souvent vue comme la partie féminine de Dieu ou symboliquement comme son épouse, distincte mais non séparée de sa Source.  Les manières de parler de cet Univers conscient de lui-même furent multiples : Déesse Mère de l’Antiquité, Vierge Cosmique, Reine de l’Univers ou Sophia dans l’ésotérisme chrétien,  Séphiroths Bina’h et Malkouth dans la Kabbale…

 

Sans être un traité d’ésotérisme ou de théologie (c’est un film d’action quand même), la réalisation de Cameron exprime ce désir inconscient de renouer avec les forces divines bien présentes qui animent la Création.  La Déesse d’Avatar et l’interdépendance entre les créatures de Pandora s’inscrivent dans cette vision panenthéiste qui conjugue une Nature-Univers profondément vivante avec une transcendance numineuse consciente et agissante.  Une raison de plus pour crier au génie !

Par Galahad - Publié dans : Réflexions sur le chemin - Communauté : Religions en toute liberté
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Jeudi 31 décembre 2009 4 31 /12 /2009 15:47

Un bon réveillon à tous ! En 2010, Que la Lumière Eternelle répande en vous et autour de vous Sa joie, Sa paix et Sa force.  Que la Providence guide vos pas vers l’accomplissement que vous recherchez !

 

Et voici un petit morceau solennel du groupe irlandais Anùna, dont l’entrée sur scène des musiciens n’est pas sans rappeler d’autres entrées solennelles…  

 

 

 

Par Galahad - Publié dans : Réflexions sur le chemin - Communauté : Esotérisme et Spiritualité
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 18:03

Pour le génial J.R.R. Tolkien, écrire, inventer des mythes, est exercer notre pouvoir créateur qui nous rend semblable à Dieu. Et cela d’autant plus si consciemment nous cherchons à transmettre la Vérité.  Tolkien, très catholique (on connaît son amitié avec C.S.Lewis, qui deviendra l’un des plus grands théologien du XXe siècle à son contact), a très vite l’idée de former une grande mythologie,  moyen puissant et efficace pour imprégner la culture de valeurs chrétiennes.


Selon le site « Catholique.org » : « on peut même dire que le Seigneur des Anneaux est une œuvre de « pré-évangélisation » : son contenu, ses valeurs, sont non seulement compatibles avec la foi, mais en constituent la toile de fond. Tolkien, dont la carrière littéraire avait commencé avec les histoires qu’il racontait à ses enfants avant de s’endormir, se rend compte du bien énorme que pourrait porter une grande épopée fantastique : le conte dépasse en effet toutes les limites culturelles et religieuses et peut permettre à tous les hommes sans distinction de « savourer sans le savoir » les valeurs inhérentes à la foi chrétienne. »

Tolkien ne cachait pas en effet que le Seigneur des Anneaux est « une œuvre fondamentalement religieuse et catholique ; elle l’était inconsciemment au début, mais consciemment dans sa révision ». Bien sûr, il ne s’agit pas d’une transposition originale de l’Evangile ou d’une simple allégorie, mais d’une histoire propre, archétypale, qui reprend de nombreux éléments mythologiques en lui ajoutant une dimension transcendantale et humaine plus importante. Car le Seigneur des Anneaux traite des questions religieuses fondamentales de toute l’humanité : la Création, la Chute, la mort, l’éternité et le destin de l’homme.

Les héros du Seigneur des Anneaux sont indéniablement humains et faibles devant la tentation.  Comment ne pas faire le rapport entre les petits hobbits et les paroles du Maîtres « Celui-là donc qui se fera petit comme cet enfant, voilà le plus grand dans le Royaume des cieux. » (Mt 18 ;4)

De même la vertu principale du noble Aragorn, pourtant roi tout puissant, est l’honnêteté sur lui-même.  Reconnaissant ses faiblesses, Aragorn refuse de s’approcher de l’anneau maudit.

 

Tolkien avait également développé la notion d’ « eucatastrophe ».  Selon ce principe, toute histoire à vocation spirituelle doit provoquer un sentiment de joie indicible par son dénouement final.  Ce retournement heureux est loin de l’happy end fade de certaines productions.  L’ « eucatastrophe » doit en effet atteindre profondément le lecteur (ou le spectateur) et l’amener à anticiper la Vérité qui est profondément Amour et Espérance :   « Pour cela j’ai créé le terme ‘eucatastrophe’, le soudain retournement heureux d’une histoire qui vous transperce d’une joie qui apporte des larmes (ce que je déclare être la fonction la plus haute que le conte doit produire). Et je fus conduit à cette idée qu’elle produit cet effet particulier parce que c’est un rayon soudain de la Vérité... »

 

Faire pressentir au lecteur, la Lumière et la Vérité, une fonction missionnaire semblable à celle des Evangiles qui après les affres de la passion baigne le lecteur dans la lumière pascale.  Et Tolkien de conclure :

  « La naissance du Christ est l’eucatastrophe de l’histoire de l’homme... la Résurrection est l’eucatastrophe de l’histoire de l’Incarnation… bien sûr, je ne veux pas dire que les Evangiles ne sont qu’un conte ; mais je tiens avec force qu’ils racontent un conte : le plus grand ».

Par Galahad - Publié dans : Réflexions sur le chemin - Communauté : Autres Mondes...
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /2009 16:44

Que ce soit dans l’antiquité païenne ou dans le christianisme médiéval, les conteurs et les troubadours ont toujours eu une place à part.  On peut même dire que les contes furent la charpente sur laquelle se bâtit l’ensemble des civilisations.  Peut-être même que la période de décadence dans laquelle nous vivons est d’une certaine manière due à un manque de contes référentiels, la quantité des histoires superficielles noyant celles à la trame proche de la Vérité.  

 

Pourtant, on peut espérer qu’intermédiaire entre Dieu et la société, l’Esprit Saint souffle toujours, inspirant certains chanteurs, en peintres, en écrivains ou réalisateurs de cinéma.

 

Ces dernières années ont vu l’émergence d’un genre littéraire particulièrement fécond en symboles : l’héroïc-fantasy, suite à l’œuvre extraordinaire de Tolkien.

Même si l’ensemble des successeurs sont loin d’égaler le maître, on peut dire que par les images archétypales qu’il transporte, la fantasy se rapproche des légendes d’autrefois qui véhiculaient symboliquement la connaissance secrète.  Une œuvre comme le Seigneur des Anneaux puise formellement dans le fond celtico-germanique mais loin d’être une œuvre païenne, elle transmet plutôt, au dire de l’auteur, la sagesse chrétienne.  Comme le dit l’historien philologue David Day en parlant de Tolkien : « Avec son Seigneur des Anneaux, Tolkien a réveillé un sentiment profondément enfoui dans la conscience humaine. Il l'a fait en usant du langage universel d'images mythiques tirées de l'ère primaire de l'humanité. On sait que Tolkien avait l'habitude de regretter que la mythologie anglaise ne soit pas à la hauteur des immenses épopées grecques ou nordiques. Son but en écrivant Le Seigneur des Anneaux était de rendre à la Grande Bretagne une mythologie perdue à cause de multiples invasions. Les peuples de la Terre du Milieu ont donc leurs racines dans les plus grandes civilisations du monde. »

 

Invention d’un auteur à l’imagination fertile ? Certes, mais J.R.R. Tolkien disait lui-même qu’en utilisant notre inspiration pour créer des histoires, nous utilisons notre pouvoir divin. Qu’en créant des mythologies, nous nous rapprochons de la Vérité. 

En réalité, Tolkien présente le conte comme « la fonction la plus élevée » de l’art, puisqu’il trouve sa source dans les deux pouvoirs majeurs donnés par Dieu à l’homme : celui de nommer et de qualifier les êtres et les choses, comme il est dit dans la Genèse « Le Seigneur Dieu modela du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu'il amena à l'homme pour voir comment il les désignerait. Tout ce que désigna l'homme avait pour nom « être vivant » ; l'homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs,… » (Gn 2 ; 19-20)

En créant des contes, l’homme exerce donc le pouvoir créateur que Dieu lui a donné, prolongeant la création divine et donnant naissance à des « mondes secondaires ».

L’écriture d’une histoire dans un monde de fantasy, demande de s’ouvrir à une réalité autre, plus subtile que celle du quotidien.  Tout en gardant une cohérence dans le monde qu’on invente, on s’ouvre inconsciemment à la Source Ultime d’Inspiration, on touche au Sublime. 

Par Galahad - Publié dans : Réflexions sur le chemin - Communauté : Le Monde Spirituel
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Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /2009 14:20

De nos jours, un certains nombres d’auteurs écrivent des ouvrages véhiculant l’idée que « la Lumière est en soi », « il suffit de croire pour voir », « s’ouvrir à Dieu, c’est sentir la Présence »… De plus en plus d’auteurs insistent sur ce point, réel au demeurant, que s’ouvrir à la Présence de la Grâce, lui ouvrir les portes, c’est d’une certaine manière prendre conscience de son existence, c’est allumer son feu éternel au centre de l’être.

A juste titre, l’un des lecteurs de ce blog faisait la réflexion qu’il était facile pour ceux qui on conscience de la Lumière de dire « il suffit de le vouloir »… Car certains croyants sincères espèrent avoir conscience de la Grâce toute leur vie sans pour autant jamais ressentir quoique ce soit de particulier.  Après tout l’espoir fait vivre, mais on aimerait de temps à autre avoir une confirmation d’être sur la bonne voie ou du moins avoir un début de confirmation, ne fut-ce que pour fortifier notre foi.  Dans cet ordre d’idée, des tas de gens savent très bien qu’il ne suffit pas toujours de s’ouvrir l’esprit pour pressentir l’Autre. 

Je trouvais l’objection fort pertinente, je vais donc essayer d’y aller de mes petites réflexions…

 

L’idée de la présence divine en chaque être n’est pas nouvelle, elle est même l’un des fondements du christianisme.  Après le départ de Jésus, conformément à Sa promesse, l’Esprit tombe sur les apôtres : « Quand le jour de la Pentecôte arriva, les croyants étaient réunis tous ensemble au même endroit. Tout à coup, un bruit vint du ciel, comme si un vent violent se mettait à souffler, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Ils virent alors apparaître des langues pareilles à des flammes de feu ; elles se séparèrent et elles se posèrent une à une sur chacun d'eux. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d'autres langues, selon ce que l'Esprit leur donnait d'exprimer. » (Actes 2 ; 1-4).

Après cet événement, portés par l’Esprit, les Apôtres se rendent aux quatre coins de l’Univers pour annoncer la Bonne Nouvelle.

Il faut signaler que l’Esprit se manifeste sous la forme de langues de feu qui viennent toucher chacun séparément.  C’est très important, puisque ce détail montre que l’homme possède l’Esprit Saint en tant qu’individu et non en tant que collectivité.  Autrement dit, chaque homme, quelque soit son caractère reçoit à part égal l’Esprit Saint.  Comme un feu couvant sous la cendre, on peut donc dire que chacun du pire au meilleur, possède cette étincelle.  Or, force est de constater que nous ne sommes pas égaux dans la perception de cette flamme.  Untel y sera très sensible, un autre pas du tout, certains ressentiront une Présence diffuse (ou très forte) à certains instants, d’autres hurleront vers un néant glacé d’absurdité, certains se sentiront désespérément seul malgré tout leur désir de croire d’autres vivront avec une chaleur intemporelle au niveau du cœur…  Je me suis  longuement interrogé, sans trouver de réponses satisfaisantes, sur la raison de cette disparité qui prend souvent des allures d’injustices.

 

La capacité de ressentir le numineux serait-elle tout simplement comme les autres qualités, présent à part inégale en chacun ? Après tout, nous n’avons pas tous l’intelligence en même proportion et encore moins la même sorte d’intelligence.  Et on peut faire la même réflexion pour l’imagination, la créativité ou le calme intérieur.

 

Peut-être donc, que l’homme est créé dans une extraordinaire diversité et que la conscience aigue de Dieu ou non fait partie de cette diversité… ?   

Pourtant, je crois plutôt que cette perception de Dieu est comme un sens.  A l’instar de la vue, nous le possédons tous mais contrairement au cinq autres sens, il dort plus ou moins profondément selon les individus.  L’organe de ce sens est le cœur, ce cœur que notre état d’exilés a changé en pierre.  Lorsqu’on dit, il faut s’ouvrir à Dieu pour percevoir la Présence, c’est plutôt qu’il faut changer notre cœur de pierre en cœur de chair afin de raviver l’acuité de notre perception.

Et tout le monde peut théoriquement y parvenir. 

Certes ce travail de transmutation n’est pas facile et peut prendre de nombreuses années, toute la vie en fait.  Et certes, la tâche est d’autant plus ardue que nous ne sommes pas éduqués pour, le matérialisme crasse, le rationalisme religieux outré, la crétinerie ambiante et l’égoïsme idolâtre érigé en mode de pensée absolu sont autant de couches inconscientes qui masquent un peu plus la Lumière éternelle en nous.  Certes le peu de pratiques mystiques répandus dans la société (méditation, prière, hésychasme) sont autant d’outils qui manquent à la plupart pour faire le pas décisif, pour tendre la main vers le divin.

Toutefois, je reste persuadé que tout homme a la capacité de restaurer cette conscience, ce lien.

La Voie Royale de la purification du cœur menant à la perception de Dieu est l’Amour.  L’Amour du prochain, l’Amour malgré les désaccords, l’Amour comme force motrice universelle, comme souffle cosmique d’évolution.

Nul besoin d’être sensible psychiquement pour aimer, nul besoin de posséder une force mentale exceptionnelle pour se laisser émerveiller.  Nul besoin non plus nécessairement de multiples incarnations pour y parvenir, ce n’est pas la perfection qu’on cherche mais le petit déclic qui enclenche le processus – après une vie de rapine, de meurtre et de larcins, il n’a fallu qu’un petit déclic au bon larron pour s’ouvrir à l’Amour Infini.  D’accord, malgré sa position inconfortable, il était en bonne compagnie mais nous le sommes aussi, Dieu marche avec nous en permanence.

Alors, on en revient à l’idée, que tout le monde peut y parvenir même si c’est plus facile pour certains que d’autres, il « suffit » de s’ouvrir.  Pour peu qu’on le fasse, l’Amour qui fait tourner les nébuleuses et valser les étoiles peut sans difficulté aucune dissiper les mesquineries qui encombrent notre cœur.  Pour peu qu’on se donne la peine de faire une partie de la route et qu’on fasse l’effort de ne pas se complaire dans ce qui entrave notre cheminement, comme le disait Nicéphore le Solitaire : Revenez donc. Ou plus justement, revenons à nous-mêmes, frères, écartant avec horreur le conseil du ser­pent et l'égarement qui nous porte vers ce qui entraîne au plus bas. Car il n'est pas d'autre voie pour parvenir à la réconciliation et à l'union avec Dieu que de revenir d'abord à nous-mêmes, autant qu'il dépend de nous, ou plutôt d'entrer en nous-mêmes. Et c'est le paradoxe : nous nous séparons de l'égarement, du vain souci du monde, pour parvenir sans concession au Royaume des cieux qui est au-dedans de nous'.

Par Galahad - Publié dans : Réflexions sur le chemin - Communauté : Le Monde Spirituel
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