Avec un peu en retard, j’ai cédé au terrible phénomène qu’est Avatar. Pourtant grand amateur de science-fiction, d’aventure et d’imaginaire,
j’allais un peu avec des pieds de plomb : les bandes d’annonce me laissaient penser qu’allait se dérouler sous mes yeux une histoire simpliste avec d’une part les méchants colons et d’autre
part les gentils écolos au mode de vie hippie.
Je fus surpris. Dès les premières minutes, je fus scotché à mon siège, plongeant littéralement dans le monde et l’histoire sans plus me poser aucune question. Passons les qualités esthétiques et cinématographiques du film, le jeu des acteurs et les effets spéciaux qui rappellent que pour le spectacle et l’art visuel, il fait bon vivre au XXIe siècle. Passons également l’efficacité des scènes d’action et l’extraordinaire intelligence et cohérence du monde qui font de ce film un chef d’œuvre du cinéma SF. Passons tout cela qui fait que ce film mérite amplement son succès et son battage médiatique…
L’Eglise de Rome engluée depuis des siècles dans ses conceptions ultra-transcendantes et qui aurait pour une énième fois gagné de se taire, n’a pas manqué de critiquer le film montrant qu’il y a là un enjeu cosmologique qui dépasse le 7ième Art.
Et effectivement, il y a bien un message spirituel dans Avatar. Car, c’est une fois encore les rapports au monde, à la Nature et à l’écologie qui se jouent là. Les Na’vi, population indigène habitant la planète Pandora ont un mode de pensée et de spiritualité que nous avons perdu, il y a bien longtemps de cela : la conscience de l’âme du monde.
Si l’on devait classifier la spiritualité, on pourrait dire que grossièrement, il y a trois manières d’envisager les rapports entre le Divin, l’Homme et la Création en spiritualité.
La première est celle des cultures premières et chamanique, c’est le panthéisme qui consiste à mettre l’accent sur une immanence absolue : les pierres, les arbres et les sources sont autant de dieux dont il faut s’attirer les faveurs par des offrandes ou des sacrifices. Dieu est le monde, sorte de super-conscience cosmique n’existant pas en dehors d’un univers infinie qui ne peut pas être qualifié de « Création » puisque dans la conception panthéiste, le monde existe de toute éternité. Chaque partie du réel, visible ou invisible, est une parcelle de cette superstructure immanente, un peu comme une cellule ou un neurone d’un cerveau infini. Dans cette conception, souvent, nul être n’a plus d’importance qu’un autre puisque chacun fait partie d’un Tout vivant.
La seconde manière de voie les choses, est celle de la partie légaliste des monothéismes. Elle consiste à ne voir dans la Nature qu’une nature froide et morte sans aucune signification sacrée, création d’un Dieu lointain et absolument transcendant. C’est ce que Mohammed Taleb appelle le « dualisme ontologique » qui consacre cette distance infinie entre le divin et le monde. Soit dit en passant, c’est cette conception tout vaticanesquement officielle qui fut à l’origine du désenchantement du monde et du peu d’attention écologique au cours des siècles passés comme montré en 1967 dans l’article de Lynn White, The historical roots of our ecological crisis. En effet, selon cette approche, l’homme habite un monde froid et mort qu’il lui faut faire plier pour sa propre survie.
La troisième manière d’envisager les choses est le panenthéisme, c’est la façon de voir de l’hermétisme chrétien qui se situe entre les deux conceptions précédentes (Grégoire Palamas, Maxime le Confesseur, Scot Erigène, Paracelse, Swedenborg, Steiner, Boehme ainsi que les Kabbalistes, etc…). Mais cette façon de voir fait également le pont entre différentes cultures puisque de nombreux auteurs soufis (Ibn Arabi, Avicenne, Abd-el-Kader) et de nombreux auteurs antiques (Plotin, Jamblique, Proclus) partagent ce point de vue. En quoi consiste-t-il ? Ici la nature est vivante, habitée par les créatures qui la composent et par un grand souffle de Vie issu de Dieu. Les étoiles, les arbres, les rivières et les animaux ont une âme, un esprit, une profondeur et une intériorité tout comme l’homme. Dieu a créé le monde mais est présent partout, invisible. Il se trouve en dehors de Sa Création certes mais aussi présent en elle et s’exprimant par elle. Cette Nature qui exprime le divin est souvent vue comme la partie féminine de Dieu ou symboliquement comme son épouse, distincte mais non séparée de sa Source. Les manières de parler de cet Univers conscient de lui-même furent multiples : Déesse Mère de l’Antiquité, Vierge Cosmique, Reine de l’Univers ou Sophia dans l’ésotérisme chrétien, Séphiroths Bina’h et Malkouth dans la Kabbale…
Sans être un traité d’ésotérisme ou de théologie (c’est un film d’action quand même), la réalisation de Cameron exprime ce désir inconscient de renouer avec les forces divines bien présentes qui animent la Création. La Déesse d’Avatar et l’interdépendance entre les créatures de Pandora s’inscrivent dans cette vision panenthéiste qui conjugue une Nature-Univers profondément vivante avec une transcendance numineuse consciente et agissante. Une raison de plus pour crier au génie !
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Que ce soit dans l’antiquité païenne ou dans le
christianisme médiéval, les conteurs et les troubadours ont toujours eu une place à part. On peut même dire que les contes furent la charpente sur laquelle se bâtit l’ensemble des
civilisations. Peut-être même que la période de décadence dans laquelle nous vivons est d’une certaine manière due à un manque de contes référentiels, la quantité des histoires
superficielles noyant celles à la trame proche de la Vérité.
Sur certains blogs et sur certains forums,
on voit souvent des auteurs qui s’insurgent contre la vague « bien-être » et qui entendent marquer la distinction radicale entre « bien-être » et spiritualité.