Je reproduis ici en intégralité un très interressant sondage réalisé par l'Ifop pour le journal "La Croix" et portant sur le ressentit chrétien en Europe. En illustration,
je ne résiste pas à partager la splendide photo du russe Pavel Bogdanov qui a remporté le prix du mois de janvier d'Orthphoto.
L’Europe, une mosaïque de
christianisme
Pour les deux tiers des habitants de cinq grands pays d’Europe occidentale, le message du christianisme est
toujours d'actualité. Mais la manière de vivre cette religion est encore très dépendante de la culture de chacun
Racines chrétiennes ou non, les Européens reconnaissent une place privilégiée à cette religion, sous sa forme
catholique, protestante ou même orthodoxe. Dans les cinq grands pays concernés par le sondage Ifop réalisé pour La Croix (France, Allemagne, Italie, Espagne, Grande-Bretagne), deux tiers des
personnes interrogées estiment en effet que le message et les valeurs du christianisme sont toujours d’actualité. Mais ce n’est pas le cas pour un tiers d’entre eux. Le christianisme reste donc
un élément marquant de la culture religieuse du vieux continent, mais il n’en a plus l’exclusivité.
Alors que le recueil de ces données s’est déroulé au moment où se déployait la polémique autour de la gestion
par l’Église des cas de pédophilie, cela ne semble pas avoir influencé les réponses. Preuve que l’ancrage chrétien des Européens est profond, au-delà des vagues provoquées par
l’actualité.
Pour autant, et c’est la seconde surprise, il n’y a pas d’uniformisation d’un mode de croire européen, les
spécificités nationales persistent. Notamment pour la France, dont la culture laïque transparaît assez nettement dans ce sondage. « Sur toutes les questions posées, les Français répondent de
manière plus radicale, tirant la moyenne vers le haut ou le bas », note ainsi Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l’Ifop.
L'Italie baigne dans un climat culturel profondément
religieux
Les Français sont ainsi les plus critiques à l’encontre de la communication de l’Église, ils sont beaucoup
plus nombreux à estimer que toutes les religions se valent, (62%, soit le même pourcentage que lors du sondage Ifop-La Croix de 2007 sur la France). Et la moitié d’entre eux jugent qu’il n’y a
plus rien à attendre du message chrétien.
À l’extrême opposé, l’Italie se démarque elle aussi de l’ensemble européen. Dans la péninsule, la plupart des
habitants estiment que l’Église communique bien. Cette satisfaction est même plus importante chez les plus jeunes (70% des moins de 35 ans) : de l’autre côté des Alpes, les canaux de transmission
entre les jeunes générations et l’Église ne sont pas rompus. C’est aussi en Italie que l’on conserve, à 70%, leur crédit au message et aux valeurs chrétiens.
Dans la cartographie européenne des religions, l’Italie est très loin de la France. Sans doute peut-on voir
là l’une des explications des incompréhensions persistantes entre le Vatican – qui baigne en Italie dans ce climat culturel profondément religieux – et l’Église de France, terre sécularisée à
l’extrême.
L'Espagne : critique, surtout chez les
jeunes
En revanche, si les Français dans leur majorité sont fortement détachés du religieux, les catholiques
français, eux, affichent un comportement religieux plus marqué que les catholiques italiens ou espagnols : ils sont proportionnellement plus nombreux à se dire attachés aux valeurs chrétiennes, à
estimer que l’Église n’est pas assez visible, et que les religions ne se valent pas. Même si, exigeants, ils se montrent encore plus critiques que les non catholiques sur la communication de
l’Église (86%).
C’est donc en France que l’opinion des catholiques pratiquants se distingue le plus des autres habitants. «
Rien d’étonnant », explique Denis Pelletier, directeur à l’École pratique des hautes études. « Car, minoritaires face à une société indifférente ou hostile, ils se définissent par leur opposition
». Pour ce sociologue, c’est aussi l’un des ressorts du relatif dynamisme des communautés chrétiennes en France : peu importantes mais de ce fait beaucoup plus impliquées qu’ailleurs dans leur
Église.
À mi-chemin entre l’Italie et la France, l’Espagne : encore attachée aux valeurs chrétiennes (58%), mais
critique, surtout en ce qui concerne les jeunes générations. Plus de la moitié (56%) des moins de 35 ans estime que le christianisme n’a plus rien à dire à la société. La movida est passée par
là, et l’Église espagnole vit, de manière accélérée, ce que la France a connu dans les années 1960.
Grande-Bretagne : liberté sans
confusion
De leur côté, la Grande-Bretagne et l’Allemagne présentent une configuration religieuse diverse. Dans l’un
comme l’autre pays, le pluralisme est une réalité historiquement bien ancrée, avec la coexistence d’anglicans, protestants et catholiques.
Pour autant, la seconde série de questions, autour du rôle des valeurs chrétiennes et des priorités attendues
des Églises, trace une assez nette démarcation dans la manière dont chacun de ces deux pays vit le religieux. En Grande-Bretagne, où il a pris un accent très communautariste, domine la conviction
que toutes les religions ne se valent pas : chacun pratique différemment, en toute liberté, mais sans confusion.
C’est aussi là que l’on regrette le manque de visibilité des Églises : sans doute la gestion communautariste
a-t-elle mis en avant de nouvelles minorités religieuses de manière jugée excessive par les religions plus « traditionnelles ».
Les Européens attendent les Églises «ici et
maintenant»
Surtout, pour les Anglais, la religion est une affaire privée : l’Église doit être là pour les moments
importants de la vie, et non pour favoriser la paix dans le monde. En Allemagne en revanche, les Églises ont un rôle social reconnu, important et admis, comme une sorte d’institution
étatique.
D’une manière générale, remarque d’ailleurs, Jérôme Fourquet, les Européens attendent les Églises « ici et
maintenant ». Et ne demandent pas aux religions d’être… seulement religieuses, mais présentes aux failles de la société. Faire connaître le message du Christ vient bien loin après la contribution
à la paix ou à la lutte contre la pauvreté.
Source : La
Croix