Pour un christianisme uni, mystique et engagé

Yod est la plus petite lettre de l’alphabet hébreu.  Première lettre du tétragramme sacré, Yod est la lettre qui contient le plus de puissance.  En effet, petite parmi les petites, simple point, elle est l’élément constitutif de toutes les autres lettres et donc de l’Univers.  Noyau de la création, elle est la main agissante et créatrice de Dieu qui produit des univers entiers à partir de la semence la plus petite. 

Ainsi de la petitesse naît la grandeur et la puissance ultime, ainsi parle le Rabbi Akiva : « A celui qui s’humilie en ce monde, se verra accordée sa pleine part dans le Monde à Venir, car le monde a été créé avec l’humble lettre Yod »

La lettre Yod est sans conteste liée au principe de kénose, concept essentiel de la pensée chrétienne.  Dieu dans sa toute puissance et dans sa toute grandeur a accepté, par amour, de s’incarner, c'est-à-dire de vivre toute les vicissitudes de la vie terrestre, jusqu’à mourir sur la croix après d’innommables tortures.  Saint Paul l’explique très bien : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit (kénose) lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix! » (Philippiens 2, 6)

 

Dieu se laisse crucifier, non par faiblesse, non par dolorisme mais par amour, pour pouvoir connaître l’ensemble des souffrances physiques et morales que connaît le genre humain. A partir de cet instant, étymologiquement, Dieu n’est plus que compassion pour le genre humain (cumpatire = souffrir avec).

Plein de sa puissance infinie, Dieu s’abaisse au niveau de sa créature, pour l’accompagner et la servir.  Déjà Jésus en avait fait la démonstration : « Il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit: "Seigneur, toi, me laver les pieds?" Jésus lui répondit: "Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent; par la suite tu comprendras." Pierre lui dit: "Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais!" Jésus lui répondit: "Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi." Simon-Pierre lui dit: "Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête!"

Quand il leur eut lavé les pieds, qu'il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit: "Comprenez-vous ce que je vous ai fait? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous. » (Jean 13, 4-16)

C’est parce qu’il s’abaisse au niveau de sa créature et qu’en même temps, il la rehausse que le Créateur et la créature peuvent être à égalité et se parler face à face à l’instant où l’âme épouse Dieu.  Mais pour arriver à ce moment, l’homme devra mourir à lui-même car comme il est dit « Nul homme ne peut voir Dieu et demeurer en vie. ».  Or mourir à soi-même, c’est précisément abandonner tout orgueil, toute prétention, c’est devenir toute humilité.  Etre humble, c’est être vrai, transparent, savoir ce que nous sommes en vérité : « connais-toi même et tu connaîtras l’univers et les dieux. ».  Notre but eschatologique est de devenir semblable à Dieu, donc de faire preuve d’une kénose semblable à la sienne.  Plus qu’une énumération de traits de caractère, la connaissance de soi consiste à admettre notre condition de créature, à prendre conscience de l’infini qui nous sépare de Dieu, à plonger aux tréfonds de notre être afin d’atteindre le noyau divin et de brûler les scories de notre âme, s’anéantissant dans une fulgurance d’ouverture à l’Amour divin.  Alors seulement ne reste que l’essentiel de notre être et nous pouvons contempler Dieu face à face.      

Ven 27 nov 2009 1 commentaire
Bonjour et merci pour votre commentaire. En cherchant des définitions de la kénose, celle de votre site m'a interpellé.
L’attitude de Dieu de chercher par tous les moyens la possibilité de restaurer la relation avec ses créatures, jusqu’à offrir les épousailles, et cette parole "Nul de peut voir Dieu et demeurer en vie", qui résonne comme un appel à épouser le même mouvement que celui de Dieu lui-même : chercher l’autre avant soi-même, comme un rendez-vous amoureux.
Quel programme pour celui ou celle qui va rentrer en lui-même avant que d’accueillir cette pleine vie. Bien sûr, la vie de tous les jours, avec nos relations quotidiennes, en famille, au travail, dans nos quartiers, sera le lieu de vérification de ce mouvement intérieur, de la réponse à cette divine invitation.
Cette mort me rappelle le cantique du frère Soleil de Saint François :
Loué sois-tu, mon Seigneur,
Pour notre sœur la mort corporelle,
À qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui mourront
Dans les péchés mortels.
Heureux ceux qu’elle trouvera
Dans tes saintes volontés
Car la seconde mort ne leur fera pas mal.
Bien amicalement.
Michel *
mimidparis - le 26/10/2010 à 22h32

Bonjour Michel,

Merci pour votre commentaire et la citation des vers lumineux de Saint François.  Il est vrai que c'est un vaste programme cette recherche de tous les instants où l'autre passe avant soi, où l'on cherche à atteindre ce point d'Amour, où l'on reconnaît l'autre comme soeur ou frère car au delà des couches particulières nous avons le même divin noyau... Constant travail que celui là dans toute l'aggressivité de nos vies, dans toute l'urgence de notre société.  Loin d'être une faiblesse ou de la fade molesse, cette recherche de vérité est en réalité la seule et véritable force et noblesse comme l'enseigne le Roi des rois, Seigneur de l'Univers...

Mais combien est-il plus facile de céder à la tentation facile de la colère vaine ou de l'orgueil ce cataplasme qui ne fait que cacher nos blessures sans les guérir...

Bien amicalement, 

Galahad